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LES CHRONIQUES DE PROLOGUE
Par : AUGUSTIN LEBEAU [ 1851-1852 ]
École de conduite

Prologue, samedi 11 octobre 1851

La vie de jumeaux n’est pas toujours facile... Surtout lorsqu’on est de faux jumeaux c’est-à-dire qu’on ne se ressemblent pas comme deux gouttes d’eau. Michel Martin dit Tudor pourrait vous en raconter un bout la-dessus! Qui croirait que ce grand « fouet » est né du même sein le même jour que son frère François-Régis. Ah ! La nature est parfois bien ingrate : l’un attrape tout alors que l’autre n’a que des miettes. Je me demande si ce « dépareillage » entre jumeaux n’est pas le résultat d’une bataille livrée dans le ventre maternel : au plus fort, la poche ! François-Régis a peut-être tiré plus que sa part.

— Tu vas conduire la charette Michel. Il faut ben que t'apprennes un jour. Ton frère sait déjà s'y prendre. C'est à ton tour. On s'en va au moulin de ton oncle.

C'est le branle-bas. La jument est attelée et le père charge le berlot de blé.

— T'inquiète pas, c'est pas compliqué, j'ai ben réussi à le faire, lance le jeune François-Régis à son jumeau Michel.

— Je réussirai jamais à m'en aller tout droit. Je suis certain que la jument va s'énerver quand elle va me voir avec les guides. Ça m'énerve! Et pis, pourquoi faut-il que je fasse tout ce que tu fais. On peut pas être bon dans tout. Moi, je suis bon à l'école et toi t'es bon sur l'ouvrage de la ferme. Tu veux devenir habitant et pis moi je veux devenir médecin. Quand est-ce que le père va comprendre ça?

— Allons ! Tais-toi la mémére. T'auras qu'à les tenir les rennes. La jument connaît le chemin par coeur. Y a belle lurette qu'elle est domptée. V'là le père, prépare-toi et cesse de te plaindre.

C'est bien à contre coeur que Michel s'empare des guidons, donne un coup sec et crie de toutes ses forces « Hue donc la belle ».

— Hé ben mon gars, on dirait que t'as fais ça toute ta vie, remarque Monsieur Martin en se tournant vers son fils. On va ben finir par faire un homme de toi.

Il n'en fallait pas plus pour que le jeune garçon perde toutes ses craintes et bombe le torse. Voilà qu'il veut maintenant épater la galerie et qu'il relâche légèrement les guides. Apocalypse, baptisée ainsi parce qu'elle est née un soir d'orage particulièrement violent, accélère le pas. Elle aime la vitesse. Imprudent et sans expérience, le jeune Michel relâche encore les guides. C'est trop. Apocalypse sent la liberté et se met à galoper à vive allure.

Avant même que quelqu'un ne puisse réagir, la charette file à toute allure.

— Woooooooooo doucement, crie le père.

Trop tard, la roue arrière de la charette heurte une pierre. Elle se brise et François-Régis est éjecté dans les airs avec le berlot de blé. Le père attrape vivement les rennes et arrête l'animal qui est déjà aux abords du moulin.

Dans la cour du moulin, cinq chevaux attendent paresseusement la fin de la mouture. L'un d'entre eux y va de hennissements aigus, effrayé par le tapage.

Le meunier apparaît, la «manivolle» plein le visage et crie :

— Rangez-vous! Il y a du monde, mais il n'y a pas de soin! La journée est jeune!

C'est alors qu'il aperçoît son neveu étendu sur le chemin. Il court vers lui et l'aide à se lever.

— Aie, ma jambe, doucement mon oncle.

Une fois dans la «salle des habitants», là où on laisse libre cours à tous les potins du village, aux derniers mauvais coups des « ratoureux » et aux suprêmes exploits des maquignons, Michel, tout excité par ce qui vient de se passer, raconte dans les menus détails l'accident qu'il impute évidemment au mauvais état de la route.

De leur côté René et Magloire ont rassuré les habitants et calmé les chevaux. Ils échangent quelques mots.

— Avec cet accident, j'aurai pas de surplus pour me faire de la bonne bière à la brasserie des Ducharme, se plaint René Martin à son frère.

— T'en fais pas pour ça, je t'en donnerai un peu. Je te dois ben ça, Après tout, t'es mon frère, lui répond Magloire.

Remis de leurs émotions ils reprennent le chemin du retour. D'ordinaire, quand le père et les jumeaux reviennent du moulin, toute la famille se presse à la porte. Vous pensez bien que quelqu'un guettait le retour de l'attelage.

— Nous apportez-vous de la belle fleur, au moins ? Est-elle blanche ? demande Julienne, ignorante des derniers événements.


Augustin Lebeau, journaliste

La grange Yankee
et
l'enclos des chevaux.
La résidence du juge de paix.

Donald Laprise

Chez Donald Laprise

La chambre des enfants transformée en chambre d'amis.
Chez Donald Laprise
Percepteur seigneurial

Le bureau

Chez Donald Laprise

Le salon de la résidence.