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LES CHRONIQUES DE PROLOGUE
Par : AUGUSTIN LEBEAU [ 1851-1852 ]
Le pupitre dans le moulin à scie

Prologue, dimanche 19 octobre 1851

Les jeux d’enfants ne cesseront jamais de m’étonner. Car les enfants font exactement les même jeux que de mon temps! Les même bêtises, les mêmes plaisanteries, les mêmes effronteries et, pourtant, ils croient être les premiers à s’amuser ainsi. Et c’est justement cela qui me fait sourire. Mais je souris toujours un peu tristement en enviant ce petit bonhomme qui met toute son habileté à sauter dans les flaques d’eau! Je pense alors à ma propre enfance disparue. Ah! chers enfants, ils n’ont jamais assez de plats pour s’y mettre les pieds!

Tenez, j’étais du côté du moulin à scie lorsque je fus témoin (bien malgré moi!) d’une enlevante aventure d’espionnage. À plat ventre dans le foin fou, une bande d’enfants épiaient les inséparables Édith Desrosiers et François-de-Sales Simard. Pour m’amuser et ne pas gâcher leur aventure, je me suis aussi dissimulé dans le foin. Imaginez un peu la scène : une bande de jeunes écornifleux épiée par le très sérieux Augustin Lebeau. N’avais-je pas autre chose à faire en ce beau dimanche? S’il fallait qu’on me découvre que pourrais-je bien raconter? Et j’aurais mis ma main au feu que cette petite bande attendait en fait le baiser du couple d’amoureux. Alors, ils sortiraient triomphants de leur cachette en chantant « Les amoureux sont seuls au monde, les amoureux sont seuls au monde» et détaleraient comme des lièvres.

En vérité, l’après-midi fut bien longue pour les curieux. Ce n’est pas pour s’embrasser mais bien pour se faire la lecture que nos deux moineaux se fréquentent. L’un lit pendant que l’autre, les yeux fermés, se laisse dériver au fil des péripéties. Quelle déception pour mes rusés espions qui espéraient une histoire plus «croustillante»!

Soudain, Édith et François se relèvent, se prennent par la main et regardent autour d’eux. J’entends mes petits apaches pouffer de rire, prêt à bondir hors des buissons. Pour bondir, il leur faut bondir car le supposé couple d’amoureux fonce vers le village. Le portrait de la poursuite est comique : devant, François-de-Sales et Édith qui vont main dans la main et derrière, quatre écornifleux qui les suivent se cachant derrière les arbres ou se jetant précipitamment par terre afin d'éviter d'être découverts par les « amoureux ». Enfin, moi-même à la traîne. Je dois me dissimuler des poursuivis ET des poursuivants!

Se sentant sans doute traquer, les amoureux accélèrent le pas. Surpris, nos quatre espions en herbe ne peuvent les rattraper sans risquer de se faire démasquer. Ils se regroupent, penauds, derrière le moulin, dans la cour à bois. Assis sur des billots, ils font le point. Je peux enfin mettre des noms sur ces mystérieuses silhouettes. Il y a là Clarisse Tremblay et son frère Nicolas de même que les frères d’Édith Desrosiers Marc et Bernard. Coquins de frères!

Finalement, ils décident de visiter les lieux. Rien de plus facile, les fenêtres sont ouvertes. Bernard se glisse le premier. Clarisse l'imite mais un grand cri sème l'effroi parmi le reste de la troupe.

— Le pupitre... le pupitre, finit par articuler Bernard.

Clarisse Tremblay n'en croit pas ses yeux. Blanche comme un drap, elle s'approche de l'objet et le touche pour s'assurer que ce n'est pas une illusion. Puis, Clarisse ouvre l'un des tiroirs et retrouve intacts, les devoirs que les enfants avaient remis à mademoiselle Tremblay la veille de la disparition.
Bernard Desrosiers, le frère de la jeune Édith, ouvre alors la porte du moulin pour permettre à Germain et à Marc Desrosiers de venir constater la découverte. Pendant un court moment le silence plane sur le moulin. Puis, c'est un déluge de mots! Tous parlent en même temps.

Enfin Clarisse claque dans ses mains pour exiger le silence. Elle propose de courir au plus vite au village pour avertir la maîtresse. S'ensuit une course effrénée où Marc, tout essoufflé, arrive le premier sur le pas de la porte de la maîtresse.

— Mademoiselle... Mademoiselle... Un miracle est arrivé.

Mademoiselle Tremblay ouvre la porte en se demandant quel petit effronté vient la déranger. Elle voit déferler le reste de la troupe. Clarisse, trop énervée pour regarder où elle pose les pieds, ne peut éviter une petite racine située juste devant la porte et trébuche dans les bras de la maîtresse.

— Oh! que se passe-t-il, demande mademoiselle!

— Le pupitre... Le pupitre.

— Prenez votre temps et expliquez-moi tout. Avez-vous retrouvez mon pupitre ?

Aux signes approbateurs des enfants, elle comprend vite.

— Quel bonheur! vite organisez-moi une corvée. Allez chercher les plus forts et ramenez-moi ce pupitre à sa place avant que ne je sois la risée de tout le village. Demandez au grand Maxime, il nous règlera cela avec discrétion.

Deux heures plus tard, le pupitre trône sur sa tribune comme s'il ne l'avait jamais quitté. Et je me demande bien où les lutins feront la classe dorénavant!


Augustin Lebeau, journaliste

La grange Yankee
et
l'enclos des chevaux.
La résidence du juge de paix.

Donald Laprise

Chez Donald Laprise

La chambre des enfants transformée en chambre d'amis.
Chez Donald Laprise
Percepteur seigneurial

Le bureau

Chez Donald Laprise

Le salon de la résidence.