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LES CHRONIQUES DE PROLOGUE
Par : AUGUSTIN LEBEAU [ 1851-1852 ]
Les troubles de Prologue en chaire

Prologue, dimanche 2 novembre 1851

Le curé Chandonnay en a assez de ces disparitions. Il veut que cela cesse. Il invite, dans un vibrant sermon, les coupables à se repentir. Est-ce que cet appel ne sera que voeux pieux ?

L’histoire de la disparition des livres de comptes s’est répandue comme une traînée de poudre à travers la seigneurie. Forcément, les habitants n’ont pas voulu remettre quoi que ce soit au marchand avant que celui-ci ne retrouvre ses livres. On raconte que c’est encore une astuce du marchand pour exiger plus que son dû. De toutes manières, pas besoin d’avoir la «tête à Papineau» pour voir dans ce délai de grâce une sorte d’avantage.

Et aucune âme repentante ne s’est encore présentée au confessionnal pour avouer son larcin. Encore une fois, on prend la populace en otage. Mais cette fois-ci, cela semble à son avantage. S’agirait-il d’un nouveau Robin des bois détroussant les riches pour donner aux pauvres ? En ce cas, nul doute que l’auteur saura recueillir une certaine sympathie populaire...

Mais monsieur le curé ne l’entend pas de cette oreille. Et je sens qu’il s’apprête à nous chauffer les oreilles pendant son sermon. Dieu soit loué! Monsieur le curé a pris la semaine pour se relever de sa belle épouvante dans le confessionnal. J’imagine qu’il a fourbi ses armes et aiguisé sa langue pour nous livrer un sermon enflammé. Ah! J’en ai l’eau à la bouche et j’ai hâte de goûter son verbe inspiré. Vivement que monsieur le curé ramène ses brebis égarés dans le droit chemin. Notre pasteur monte en chaire, s’éclaircit la voix et entonne :

– Dieu est infiniment miséricordieux!

Puis, silencieux, il regarde chacun de ses paroissiens avec insistance. Plusieurs croient, à ce moment précis, que le chat va enfin sortir du sac. Nul doute que le saint homme va punir sévèrement le coupable, là, maintenant, en pleine messe... Le silence est de plomb et sans doute quelques habitants, qui en ont épais sur la conscience, commencent à avoir chaud. D’autres, blancs comme neige, éprouvent néanmoins un malaise : ils rajustent le col empesé de leur chemise, regardent à gauche et à droite en cherchant un coupable. On dirait que tous les habitants redoutent de passer dans le tordeur du curé, d’être jeté dans le même panier.

Après cette longue pause, Chandonnay reprend à voix basse, en chuchotant pour que tous tendent bien l’oreille et que le message soit bien compris :

– Dieu pardonne à celui qui connaît des égarements pourvu qu’il sache demander pardon et réparer le tort qu’il a causé. Gravement, il annonce que le marchand Eustache Lavoie demande à ses débiteurs de se rendre au magasin pour lui permettre de reconstituer, avec leur aide et de mémoire, ses livres de comptes. Une liste sera ainsi confectionnée et permettra à chacun de régler ses dettes. Et du même souffle, implore les paroissiens de prier pour le salut des voleurs afin que la lumière divine les éclaire... En attendant, il n’y aura pas de cruxification dans le choeur de l’église ! Monsieur le curé baigne lui aussi dans la plus noire ignorance. Au grand dam des paroissiens, les malfaisants courent toujours.

À la sortie de la messe, on commente et quelques-uns se regardent avec suspicion... Quelle zizanie, mes amis ! Qu’adviendra-t-il de notre si paisible communauté, aujourd’hui secouée de tant d’événements troublants ?


Augustin Lebeau, journaliste

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