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LES CHRONIQUES DE PROLOGUE
Par : AUGUSTIN LEBEAU [ 1851-1852 ]
Placotage au magasin général

Prologue, mardi 3 février 1852

Ce matin, Mathilde Duchesne se rend au magasin général.

Madame Pauline Lemieux a le nez dans la fenêtre du presbytère qui donne sur le magasin général. Elle voit une silhouette filer à toute allure vers le magasin général.

— Tiens c'est madame la juge de paix.

Étonné, monsieur le curé Chandonnay lui dit:

— Eh bien! vous avez des dons car moi je ne reconnais pas un évêque à vingt pieds!

— Ben non je n'ai pas de don, simplement l'esprit de déduction. Qu'est-ce qui est rouge comme un coq et trotte comme une petite souris? C'est madame Duchesne. Pas d'erreur. Avec un manteau d'un rouge si criard, même une taupe la reconnaîtrait!

— C'est vrai qu'elle semble pressée, dit monsieur le curé qui s'est approché de la fenêtre.

Mathilde pousse promptement la porte du magasin. La clochette se fait entendre. Anabelle est occupée à placer des tissus sur les étagères. À la vue de la cliente, elle esquisse un large sourire. Il y a quelques temps qu'elle n'a pas vu son amie la romancière.

— Vite! Anabelle j'ai besoin d'une rame de papier, deux bouteilles de ta meilleure encre et une plume de qualité.

— Oh! Toi tu as une idée de roman, lance joyeusement Anabelle.

— J'ai une idée formidable! J'en suis encore toute chavirée! Est-ce que tu connais le Polonais, Ovide Polansky?

— Bien sûr que je le connais. Il est fort comme trois. Il demeure chez son oncle Georges Rasmussen. C'est lui qui vient faire les commissions. Il ne rechigne jamais, j'te dis qu'il est vaillant! Avant que les glaces ne figent la rivière pour toute la saison, il est venu avec Bill et Boulé, les deux meilleurs chevaux de trait de son oncle et il a aidé Eustache à tirer la goélette jusqu'à ses quartiers d'hiver. Ça fait pas longtemps qu'il est au village et comme il est plutôt silencieux j'en connais peu sur lui! Mais il parle très bien le français même si son accent est parfois difficile à comprendre!

— Il est venu faire quelques travaux pour mon époux hier et nous avons longuement parlé! Il m'a raconté quelques péripéties depuis son départ précipité de Pologne et ... Mathilde devient songeuse et tourne les yeux en direction des étagères. Un grand soupir laisse entendre qu'elle ne poursuivra pas sa phrase.

— Eh ben! ma Mathilde, t'as le tour de faire parler les gens. Avec moi, le Polonais ne brille pas par son art du bavardage. Il oublie même ce qu'il était venu chercher!

— Tu sais, Anabelle, les hommes forts sont souvent de grands timides et une belle femme comme toi doit sûrement l'intimider!

Anabelle rougit...

— Bon! Si tu me racontais comment tu as fais pour lui tirer les «vers du nez» à ce grand timide! reprend-t-elle enjouée.

— Rien de plus facile : comme il admire les hommes forts, je lui ai parlé des exploits de Jos Montferrand. Je lui ai dit que mon mari le connaissait et que parfois il venait nous visiter. Je lui ai fait la promesse de l'envoyer quérir à sa prochaine visite. Il m'a parlé de sa vie en Pologne. J'te dis que ça va faire une histoire formidable! Et toi, Anabelle mon amie, comment vont les affaires?

— Comme tu sais, avant la tempête on a été très occupé et puis nous sommes restés plusieurs jours sans voir personne. À propos, c'est terrible ce qui est arrivé au jeune Larose! Déjà que les enfants ont éprouvé une peur bleue, était-ce nécessaire que Paulin subisse en plus une telle épreuve? C'est payer beaucoup pour une folie de jeunesse, non? Mais il paraît qu'il traverse cette épreuve du bon Dieu avec beaucoup de courage et de résignation.

— C'est fait fort et ça veut vivre. Pardonne-moi de faire du coq-à-l'âne Anabelle mais connais-tu une certaine Clarisse?

— Clarisse qui? Est-ce qu'elle vient de s'établir au village?

— Non, mais elle sait tout sur le village et sur tout le monde! Des enfants du futur m'ont dit qu'elle avait accès aux registres officiels.

— Ben voyons donc Mathilde comment peut-elle tout connaître sans que nous sachions qui elle est! Ça tient pas debout! Le diable en personne, voilà!

— Quand même! Mais ça m'intrigue vraiment et pour tout t'avouer, ça m'inquiète, renchérit Mathilde.

— Cesse d'y jongler, c'est pas bon pour le coeur! À propos de coeur ou plutôt d'histoires de coeur, est-ce que tu sais que le jeune Luc Papineau et Jane-Edith Caldwell se fréquentent régulièrement? Il y a une idylle la-dessous!

— Ben voyons Mathilde c'est un secret de Polichinelle! Je les vois parfois assis près du quai! En parlant d'idylle, est-ce qu'une jeune fille fréquente un de tes deux grands garçons?

Mathilde Duchesne est quelque peu confuse par la dernière question de son amie. La tristesse s'installe subitement sur son visage. Elle pense à ses deux «vieux garçons» endurcis. Anabelle constate que son amie a de la peine. Il faut que je lui change les idées pense-t-elle.

— J'ai entendu dire que six de tes tourtières ont disparu!

À ces mots, Mathilde sort de sa tristesse et se met à rire de bon coeur.

— C'est sûrement Augustin Lebeau qui t'a raconté cette histoire-là. Il était même prêt à titrer dans La Jasette : «Six délicieuses tourtières sont portées disparues. Le capitaine de la milice est à la recherche des voleurs qui comparaîtront en cour sous la présidence de son honorable juge de paix, Donald Laprise. Une sévère condamnation les attend!»
— Et est-ce qu'il y aura vraiment un procès? demande mi-sérieuse Anabelle. Est-ce que vous détenez le coupable? Qui est-ce? Allez, allez dis-le moi! Je donne ma langue au chat!
— Ben justement! Ce sont mes chats qui ont dévalisé le garde-manger.

La bonne humeur a repris sa place et les deux amies s'embrassent! Elles en ont sûrement encore pour quelques heures à placoter!


Augustin Lebeau, journaliste

La grange Yankee
et
l'enclos des chevaux.
La résidence du juge de paix.

Donald Laprise

Chez Donald Laprise

La chambre des enfants transformée en chambre d'amis.
Chez Donald Laprise
Percepteur seigneurial

Le bureau

Chez Donald Laprise

Le salon de la résidence.