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LES CHRONIQUES DE PROLOGUE
Par : AUGUSTIN LEBEAU [ 1851-1852 ]
La vengeance des filles

Prologue, jeudi 5 février 1852

Après la classe, Pauline Papineau se retrouve à la tête d'une douzaine de grandes filles offusquées d'être écartées de la partie qui se prépare.

— Il ne sera pas dit dans le village que les filles sont des peureuses et des incapables! On est assez bonnes pour aider à tous les travaux de la ferme mais pas assez bonnes pour jouer au hockey!

Cette dernière remarque fait réfléchir les filles car la personne qui l'a faite a une réputation de «femme forte» dans le village. À la ferme de son père, c'est elle qui aide le plus car ses frères sont de nature chétive. Sa stature en impose, faut croire que le Créateur lui a donné toute la force et la santé qu'il a refusées aux garçons de la famille. Elle est très grande et aucun garçon ne lui fait peur.

— Une chance pour eux qu'ils sont pas là ces enfants du futur car, je leur laverais la langue avec du savon du pays et pis je leur frotterais les oreilles avec des plumes de chapons, lance la «bavasseuse» que l'occasion rend tout à coup bien brave!

— Celui qui pense nous exclure du jeu va le regretter amèrement, lance Pauline, les yeux exhorbités par la colère.

— On va leur montrer... on va leur montrer, répète-t-elle sans cesse.

— On va leur montrer quoi et comment, finit par demander timidement Marianne Tudor?

— On va leur montrer qu'on est pas des «bonnes à rien» et comment on va leur montrer? Je sais pas encore! Nous avons toute la nuit pour y réfléchir et trouver une solution! Je vous donne rendez-vous jeudi, après la classe, à l'entrée du cimetière! Et que personne n'en parle à qui que ce soit! Il ne faut pas que les garçons soient au courant de nos projets! C'est bien compris les filles, demande Pauline? En attendant «motus et bouche cousue»!
— Non! personne ne va nous mettre de côté comme ça, dit énergiquement la petite Édith Larose qui s'était furtivement mêlée au groupe des grandes.

Pendant ce temps, Élisabeth Tremblay, Pauline Lemieux et Jeanne Fréchette sont rassemblées au magasin général pour aider Anabelle et sa belle-mère à préparer l'équipement des joueurs.

— Ouais, ce ne sera pas facile constate Jeanne Fréchette. D'après les renseignements fournis par nos correspondants du futur, j'ai l'impression que les enfants vont ressembler à des chevaliers du Moyen-Age et que ce sont plutôt des armures qu'il faudrait leur trouver!

— C'est vrai ça, dit Pauline. Y pourront jamais courir avec des jambières, des coudes et des «paulettes» et...!

— Non... non, pas des «paulettes» Pauline, des «épaulettes», dit Anabelle en ricannant.

— Et si on commençait par le plus facile, propose doucement Anabelle! On va faire une liste de tout ce dont nous avons besoin pour constituer l'équipement.

— D'abord la rondelle: les enfants ont pensé qu'un crotin de cheval ferait bien l'affaire! Depuis mercredi on les voit se promener le nez par terre et on les voit discuter et comparer leurs crotins. Le mien est plus rond! Le mien est plus gros! Le mien est plus léger! Ils cacassent comme de vraies poulettes! Je ne sais pas s'ils se rendent compte à quel point ils font rire tous les vieux du village!

— Bon! va pour le crotin... enfin... va pour la rondelle. Si on parlait des bâtons de hockey! C'est le vieux Bergeron qui s'en est occupé. Plan en main, il a sculpté une trentaine de branches choisies spécialement pour l'occasion.

— Eustache, s'écrie Anabelle, apporte-moi un bâton de hockey pour que ces dames voient le travail de monsieur Bergeron!

— Oh! Lance mademoiselle Tremblay en voyant le bâton! C'est une merveille d'art! Ça ressemble beaucoup au dessin fournit par nos correspondants. Il y en a combien comme celui-là?

— Oh! une bonne trentaine! Ils ne sont pas tous aussi réussis que celui que nous avons vu. Quelques-uns sont un peu trop croches et je ne sais pas trop comment les garçons vont pouvoir retenir le crotin avec des palettes aussi recourbées. Mais rien n'est parfait et nous devons nous contenter de ce qui a été fait et bien fait.

— Monsieur Bellerive s'occupe de la patinoire. Il a déblayé une grande surface de la rivière et à la tombée de la nuit, avec quelques personnes, il y versent plusieurs tonneaux d'eau pour que la glace soit dure et uniforme. Avec son ami Jos Languille il a mesuré les dimensions et tracé les lignes bleues et rouges avec de la teinture. Pour les buts, il a utilisé de vieux filets de pêche attachés à des perches qu'il a fixé dans la glace. J'vous dis que c'est toute une organisation! Il y a vraiment de quoi être fier de l'imagination de nos villageois!

— Pour les chandails, on pourrait, avec des bouts de tissu de couleur rouge et bleu, faire des brassards pour distinguer les deux équipes. J'ai, sur l'étagère du fond, de vieilles retailles qui feront très bien l'affaire!

Les femmes se mettent rapidement à la tâche et tout en travaillant elles réfléchissent à ce qui pourrait servir pour fabriquer le reste de l'équipement.

— AIE! je me suis piquée, lance madame curé.

Puis, du même souffle elle s'écrie :

— Ça y est j'ai trouvé! Pour les jambières on va utiliser deux épaisseurs d'écorce de bouleau. On va coudre les deux écorces à un premier bout. Puis on va remplir le tout de paille. Ça va faire comme un coussin protecteur. Puis on fermera l'autre extrémité avec de la babiche. Pour que la jambière tienne sur la jambe, on ajoutera à chaque extrémité des cordons de babiche de manière à refermer le tout au-dessus du genoux et sur la cheville. On va faire la même chose pour les coudes.

Les autres femmes sont estomaquées! Elles sont béates d'admiration! L'esprit divin vient de descendre sur madame Lemieux, pense Anabelle. C'est un signe du ciel: la partie de hockey semble plaire même au bon Dieu!


Augustin Lebeau, journaliste

La grange Yankee
et
l'enclos des chevaux.
La résidence du juge de paix.

Donald Laprise

Chez Donald Laprise

La chambre des enfants transformée en chambre d'amis.
Chez Donald Laprise
Percepteur seigneurial

Le bureau

Chez Donald Laprise

Le salon de la résidence.