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LES CHRONIQUES DE PROLOGUE
Par : AUGUSTIN LEBEAU [ 1851-1852 ]
Tricheurs en raquette

Prologue, dimanche 14 mars 1852

À vol d'oiseau, la troupe de participants ressemble à un rassemblement de caribous en migration à la recherche de nourriture. La cadence est très rapide, la neige durcie facilite la course, reste à voir si tous les participants pourront maintenir cette vitesse tout au long du parcours. On a déjà des participants partir en lion mais s'effondrer avant la ligne d'arrivée. Comme le dit le proverbe : Qui veut aller loin ménage sa monture!

Après plus d'une demi-heure, aucun participant ne s'est véritablement détaché du groupe de tête. Stevenson et Paterson rejoignent le groupe de tête et, voulant prendre les devants, provoquent une première bousculade. Christophe Tremblay et Lucille Lavoie sont poussés sur le côté. François Cloutier évite de justesse les brusqueries des deux énergumènes. Courtois et bon joueur, il aide Christophe et Lucille à se remettre sur pieds.

— Ecoutez-moi bien vous deux. Nous allons accélérer le pas et prendre les devants. Ces deux-là sont prêts à tout pour gagner et nous n'allons pas les laisser faire. Etes-vous capable de me suivre?

Le trio engage alors une course que personne n'oubliera de sitôt! Rapidement, ils dépassent Stevenson et Paterson et arrivent au bout du lot d'Athanase Bergeron. L'habitant est là avec toute sa famille. Les enfants crient à s'époumonner. Ayant obtenu une autre bûchette, les trois coureurs bifurquent vers l'ouest en longeant le boisé. Ils ont soixante-quinze arpents à parcourir et encore cinq bûchettes à ramasser. Le rythme du petit groupe est effréné. Les habitants installés le long de cette section du parcours n'en reviennent pas. Jamais une course n'a été aussi hardiement menée. François Cloutier, Christophe Tremblay et Lucille Lavoie font corps. Parvenus au lot de Joseph Simard, ils ont nettement pris la tête. Seule la silhouette de Séraphin Marquis est apparente à l'horizon. D'un commun accord, ils conviennent de poursuivre ensemble et au même rythme jusqu'à la terre de Théodore Borduas.

A son tour Séraphin Marquis range la bûchette dans son sac. Au loin, il voit son ami François, flanqué de Christophe et de Lucille. Il pense qu'il les rattrapera à mi-parcours car se dit-il, aucun être humain ne peut maintenir cette cadence sur plus d'une lieue. Derrière lui, Stevenson et Paterson le suivent de près. Mais, ils semblent déjà exténués par la rapidité de la course.

Puis, les autres concurrents se pointent à leur tour. Le jeune Bernard Hamelin est toujours là et il en surprend plusieurs par sa ténacité.

Le temps passe et le temps est bon seigneur car il fait très beau. Joseph Simard l'avait prédit. Encore une fois, il avait vu juste. Simard ne prédit pas que des tempêtes!

Il y a déjà plus d'une heure que le départ a été donné. François Cloutier, Christophe Tremblay et Lucille Lavoie mènent toujours. Ils sont passés sur les lots de John Harris, d'Elisabeth Forbes et de Simon Lebeau. Ils se dirigent maintenant à vive allure vers le lot de Théodore Borduas où les attend le vieux Firmin.

— Bravo les enfants, dit Firmin Borduas. C'est la plus belle course à laquelle j'ai jamais assisté. Il y a Séraphin Marquis qui vous lâche pas d'une semelle, pardon, d'une raquette! Je le vois au loin qui arrive... Allez, courage!

Les trois coureurs se regardent intensément. Ils savent que l'heure est venue de courir chacun pour soi! Ils se serrent la main. Ils savent que cette course a fait d'eux des amis. François part le premier et Christophe et Lucille le suivent de près. Ces deux-là restent côte à côte... allez donc savoir! Tout se passe comme s'ils avaient décidé de terminer la course ensemble. Est-ce le présage du couple qu'ils formeront peut-être?

Stevenson et Paterson ne sont pas passés au point de vigile de Firmin Borduas. Ils ont piqué droit vers le sud entre le lot de Simon Lebeau et celui de Théodore Borduas. Personne ne les a vus. Ils raccourcissent ainsi leur parcours d'une quinzaine d'arpents. Ils ont dans leur sac une bûchette qui leur a été donnée par un vilain complice caché le long du parcours! Ils croient que leur tricherie ne sera pas démasquée car le vieux Firmin est reconnu pour avoir les esprits un peu confus.
Les autres concurrents passent tour à tour devant Firmin Borduas. Bernard Hamelin n'en peut plus. Pris de crampes au ventre et la «langue à terre», il s'effondre au sol et décide d'abandonner la course. Il est complètement essoufflé. Firmin l'enveloppe dans une couverture de laine et l'installe dans le berlot qui est à quelque distance du point de vigile. Là, les enfants l'entourent et le congratulent. C'est qu'il a accompli tout un exploit. Il s'est mesuré aux plus grands et il a fait belle figure. L'admiration se lit dans les yeux des enfants qui le cajolent. Bernard est heureux, jamais il n'a eu autant d'attention et de chaleur... même s'il claque maintenant des dents! Il y a quelques minutes encore, il crevait de chaleur. Après les sueurs, voici les frissons! Quelle dure épreuve pour le corps! On lui apporte de l'eau et du pain. À l'abri, il pourra ainsi reprendre sa chaleur, grignoter et se reposer.

Les muscles sont réchauffés depuis longtemps et les raquettes crissent sur la neige. La douleur de l'effort commence à paraître sur plusieurs visages mais pas sur celui de François Cloutier. Parvenu au point de vigile de Rachel Gadouas, il apprend que Stevenson et Paterson sont déjà passés. Le métis n'en croit pas ses oreilles. Comment ont-ils pu le rattraper? Il sent qu'il y a «anguille sous roche»... Mais pour le moment, il ne peut résoudre ce mystère car il doit redoubler d'ardeur pour les rejoindre. Christophe et Lucille arrivent quelques minutes plus tard et apprennent à leur tour que les deux énergumènes sont en avance!

A toutes jambes, ils s'élancent vers le prochain point de vigile situé entre la maison de Raymond Papineau et le bord de la rivière.


Augustin Lebeau, journaliste

La grange Yankee
et
l'enclos des chevaux.
La résidence du juge de paix.

Donald Laprise

Chez Donald Laprise

La chambre des enfants transformée en chambre d'amis.
Chez Donald Laprise
Percepteur seigneurial

Le bureau

Chez Donald Laprise

Le salon de la résidence.