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LES CHRONIQUES DE PROLOGUE
Par : AUGUSTIN LEBEAU [ 1851-1852 ]
Plantons le mai, vieille coutume

Prologue, lundi 3 mai 1852

Tous, au village, connaissent l'opinion d'Eustache Lavoie sur le régime seigneurial. Il n'est pas le seul d'ailleurs à penser ainsi. Il répète à quiconque lui parle du sujet:

— Un jour, on va présenter un projet de loi au parlement du Canada-Uni et on va l'abolir ce «vinguienne» de régime seigneurial. Et le plus tôt sera le mieux. C'est fini l'époque du bon roi Dagobert qui mettait ses culottes à l'envers. Les seigneuries sont un frein au développement économique, ici comme ailleurs.

Et parfois, notre marchand-général s'emporte:
— Des profiteurs ces seigneurs, des privilégiés, purement et simplement! J’ai bien hâte de voir disparaître leur pouvoir. Du même coup, nous ne paierons plus les redevances qu'ils exigent en vertu des contrats de concession. Et nous pourrons chasser, pêcher et couper du bois sans qu'ils viennent mettre leur nez dans nos affaires!

Pour une fois, Léon Simard est du même avis.

Mais il y a ceux qui disent qu'il faut être respectueux des autorités et des traditions. Il y a ceux qui disent que le prochain système défavorisera le pauvre habitant qui sera aux prises avec des spéculateurs sans vergogne. Il y a également ceux pour qui la fête justifie tout! Alors, peu importe que ce soit une fête rattachée au régime seigneurial, d'abord qu'il y a fête et qu'on y retrouve à boire et à manger!

Quoi qu'il en soit, dans la seigneurie, la plantation du mai devant la maison du seigneur Prologue est devenu un geste symbolique et plusieurs croient, si on se fie aux dires du marchand général, qu'on élèvera le «mai» pour une des dernières fois!

Les journaux nous ont appris que dans la grande seigneurie de Montréal, on ne l'exige plus. Ailleurs, ceux qui ne respectent pas cette tradition, peuvent être l'objet d'une simple dénonciation publique. Dénonciation qui se fait sans grande conviction et sans grande autorité. Pierre Laprise m'a confirmé qu'à Saint-Hyacinthe, il y a «belle lurette» que les habitants ne rendent plus cet hommage au seigneur.

Évidemment, la maîtresse d'école doit répondre à plusieurs questions des enfants concernant cette coutume. Bon!, voilà justement la petite Édith. Je vais la questionner, juste pour voir ce que leur dit la maîtresse d'école sur le sujet.

— Bonjour petite. Est-ce que mademoiselle Tremblay vous apprend des choses sur le régime seigneurial à l'école?

Pour me montrer qu'elle a bien appris sa leçon, elle se met à réciter comme si elle était au catéchisme.

— Du plus profond des âges, fêter l'arrivée du mois de mai est un impérieux besoin...

Elle s'arrête et après quelques secondes de réflexion elle demande, les sourcils en forme d'accent circonflexe :

— Mais, monsieur Lebeau, qu'est-ce que ça veut dire «impérieux»? Est-ce que c'est quelque chose de mal?

— Plus tard petite, je t'expliquerai plus tard! Pour l'instant j'aimerais que tu poursuives ta récitation.

— Bon, je continue. La plus vieille et la plus répandue des coutumes rattachées à la venue du mois de mai, est celle de planter le mai. Cette coutume vient de France et s'est perpétuée ici au Bas-Canada sous le régime seigneurial.

La petite s'interrompt encore une fois. Elle réfléchit déjà depuis quelques minutes. Je lui demande ce qui ne va pas et elle me répond, confuse.

— Je ne sais pas ce que veut dire «perpétuer», monsieur! J'veux pas dire de gros mots!

— T'inquiète pas petite, je vais tout t'expliquer lorsque tu auras terminé de me rapporter ce que tu as appris en classe.

Dès qu'elle entend le mot RAPPORTER, elle rougit fortement et elle s'écrie en larmes :

— Je ne suis pas une rapporteuse! Et elle ajoute hystérique : Et vous, vous êtes un méchant fureteur. C'est ma mère qui me l'a dit!

Et elle s'en va le menton haut, sans même retourner la tête. Il est évident qu'elle m'a mal compris. Chacun sait que je ne suis pas un méchant fureteur. Je suis juste un peu curieux! Et si je fouille partout en quête de découvertes, ce n'est pas pour mon compte personnel, c'est pour la postérité et les enfants du futur!

— Ouais! Postérité! Encore un mot que la p'tite ne comprendrait sûrement pas!

Toujours est-il que la plupart des habitants de la seigneurie décident de rendre l'hommage de la plantation du mai au seigneur Gonzague Prologue. Cela leur est d'autant plus facile que le seigneur ne l'exige plus depuis plusieurs années!

Bien sûr! Il y en a qui ne veulent rien savoir de cette fête! J'imagine que vous savez de qui je parle! Mais, un peu partout sur le territoire de la seigneurie les gens se sont donnés le mot. Cette année encore, on plantera le mai.


Augustin Lebeau, journaliste

La grange Yankee
et
l'enclos des chevaux.
La résidence du juge de paix.

Donald Laprise

Chez Donald Laprise

La chambre des enfants transformée en chambre d'amis.
Chez Donald Laprise
Percepteur seigneurial

Le bureau

Chez Donald Laprise

Le salon de la résidence.