Sommaire [ 1-15 ]
1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6
7 | 8 | 9 | 10 | 11
12 | 13 | 14 | 15

Sommaire [ 16-30 ]
16 | 17 | 18 | 19 |20
21 | 22 | 23 | 24 | 25
26 | 27 | 28 | 29 | 30

Sommaire [ 31-45 ]
31 |
32 | 33 | 34 | 35
36 | 37 | 38 | 39 | 40
41 | 42 | 43 | 44 | 45

Sommaire [ 46-60 ]
46 | 47 | 48 | 49 | 50
51 | 52 | 53 | 54 | 55
56 | 57 | 58 | 59 | 60

Sommaire [ 61-75 ]
61 | 62 | 63 | 64 | 65
66 | 67 | 68 | 69 | 70
71 | 72 | 73 | 74 | 75

Sommaire [ 76-90 ]
76 | 77 | 78 | 79 | 80
81 | 82 | 83 | 84 | 85
86 | 87 | 88 | 89 | 90

Sommaire [ 91-105 ]
91 | 92 | 93 | 94 | 95
96 | 97 | 98 | 99 | 100
101 | 102 | 103 | 104 | 105

LES CHRONIQUES DE PROLOGUE
Par : AUGUSTIN LEBEAU [ 1851-1852 ]
La punition de Grégoire

Prologue, dimanche 16 mai 1852

Sitôt rentrée, Mathilde raconta toute l'histoire à son époux. Celui-ci demeura songeur.

— Grégoire n'est pas un mauvais homme et il devait avoir terriblement mal pour s'être ainsi donné en spectacle!

— Je sais, mais si tu avais entendu tout ce qu'il a pu dire, tu aurais été fort choqué. Une chose est certaine, la femme de Papineau veut agir. Si on ne le fait pas nous-mêmes, elle ira voir monsieur le curé et notre Grégoire aura des problèmes.

— Vous avez raison, ma douce. Comme toujours vous êtes de bon conseil. Je vais aller chez monsieur le curé pour lui demander son avis.

Parvenu au presbytère, Donald Laprise vit que madame Archibald Papineau était déjà là. Elle avait l'air furieuse et monsieur le curé Chandonnay avait peine à la contenir.

— Bonjour monsieur le juge, nous avons là une bien triste affaire, lança le curé en le voyant apparaître.

— Oui! Il faudrait bien que Grégoire Tremblay s'excuse auprès des gens qui étaient dans le magasin général lors de son passage remarqué, répondit le juge.

— Je ne suis pas d'accord, rétorqua le curé. Ce n'est pas suffisant. Il y a certainement quelque chose dans la loi qui prévoit cette situation. Vous devez être au courant.

— Oui! En effet! Les textes sont clairs, répondit le juge. La personne qui profane le nom du seigneur est passible d'être jugée et condamnée à une peine d'emprisonnement et à une amende. Mais aujourd'hui il arrive très rarement que l'on arrête les gens pour cela, dit-il, en espérant mettre fin à l'affaire.

Voyant le peu d'effet de sa dernière remarque il ajoute :

— Il faut cependant des témoins prêts à dénoncer l'homme.

— Dans cette paroisse, il y a beaucoup trop de sacreurs, ajouta le curé. Il faut leur donner une leçon. Une vraie! Une qui compte. Grégoire Tremblay est célibataire à ce que je sache! Même s'il écope d'une peine de prison, ça ne fera pas de tort à sa famille.

— Monsieur le juge à paix, interrompt madame Papineau, je suis prête à dénoncer ce rustre et à aller témoigner.

Le lendemain matin, le juge de paix, accompagné de son fils, se rendit chez Grégoire Tremblay. Celui-ci se berçait sur la galerie. Autour de lui, les enfants de son frère Jacques s'amusaient.

— Bonjour messieurs, qu'est-ce que je peux faire pour vous?, lança sur un ton enjoué celui qui avait profané le nom du Seigneur.

Rapidement, Donald Laprise lui expliqua les raisons de leur venue.

— Préparez quelques vêtements, je dois vous mettre en garde à vue en attendant votre procès pour blasphème.

— Torgueux de baptême, ne put s'empêcher de dire Grégoire!

Le procès eut lieu à Saint-Hyacinthe. Le témoignage de madame Papineau convainquit le magistrat qui trouva que c'était un beau cas. Pour frapper l'opinion publique, qu'il jugeait trop indulgente envers ce genre de pécheurs, il usa de sévérité.

— Une telle offense ne peut être toléré, lança le magistrat du haut de sa tribune. Quiconque prononce en vain le nom du Seigneur et des sacrements doit être puni. Il est bien pénible de voir que des êtres sont assez pervers et dégradés pour changer en blasphème les adorations vouées à l'Etre Suprême. La loi réprouve hautement cette offense et prononce des peines sévères pour rappeler aux irréfléchis, qui se laissent emporter en jurements, que la société n'est pas indifférente à de tels excès et ne saurait les tolérer.

Grégoire Tremblay fut reconnu coupable et condamné à trois mois de prison et à cinq piastres d'amende avec continuation d'emprisonnement jusqu'à complet paiement. Cette sentence fut diffusée dans la presse régionale qui rapporta les moindres détails des paroles échangées à la cour. On espérait, par cet exemple, inciter les irréfléchis à se tourner la langue sept fois avant de parler.

Suite à ce procès, il se forma deux clans dans la seigneurie. D'un côté, certains approuvaient la punition et la sentence. De l'autre, il y avait ceux qui trouvaient la condamnation trop sévère et disproportionnée en rapport à l'offense. Après tout, malgré son langage de charretier, Grégoire était un homme serviable et aimé dans le village.

En guise de protestation, quelques-uns réunirent la somme de cinq piastres et acquitèrent la créance de Grégoire vis-à-vis la loi. Les excès de langage n'étaient pas chose rare dans ce coin de pays et aucun de ceux-là n'aurait aimé faire l'objet d'une telle poursuite en justice.

Depuis ce jour, ça discute ferme dans le village. Et les excès de langage ne sont pas disparus pour autant!


Augustin Lebeau, journaliste

La grange Yankee
et
l'enclos des chevaux.
La résidence du juge de paix.

Donald Laprise

Chez Donald Laprise

La chambre des enfants transformée en chambre d'amis.
Chez Donald Laprise
Percepteur seigneurial

Le bureau

Chez Donald Laprise

Le salon de la résidence.