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LES CHRONIQUES DE PROLOGUE
Par : AUGUSTIN LEBEAU [ 1851-1852 ]
Garçon marchant au catéchisme

Prologue, lundi 7 juin 1852

Depuis peu, à l'aide de béquilles fabriquées par Roger Lamarre, habile menuisier et homme à tout faire, je peux aisément vaquer à mes occupations journalières.

Je pars faire ma petite promenade quotidienne à la recherche de nouvelles à raconter. En route, je croise le jeune François-de-Sales Simard, fils de Joseph. Il est l'un de ceux qui a marché au catéchisme et fait sa première communion. Alors, tout bonnement, je lui demande s'il a aimé son expérience.

— Oui, monsieur Lebeau, je suis très content que ce soit fini, dit-il un peu exaspéré et, sans autre invitation, il entreprend de m'en parler.

— Vous savez, j'avais une bonne lieue à marcher de chez moi à l'église. Je devais partir avant le soleil car ça commençait à 8 heures du matin. Sur le chemin, je rencontrais des camarades tous aussi endormis que moi. On se rendaient à l'église comme les chevaux qui rentrent les yeux fermés à l'étable.

— Par les temps humides, la boue pénétrait dans nos chaussures, pour ceux qui en avaient, et ça crottait mes chausses de laine. Une fois dans l'église, mal à l'aise, je cachais mes pieds sous le banc le plus rapidement possible. Mais j'sais pas comment!, monsieur le curé Chandonnay les voyaient à chaque fois. Ça le fâchait de me voir ainsi. «T'as encore patouillé», me disait-il. À vrai dire, il ne ménageait pas davantage mes camarades guère plus favorisés que moi sous le rapport des chemins. Vous connaissez monsieur le curé! Comme il est d'un caractère très emporté, il s'emballait à fond quand nous n'étions pas sages ou quand nous répondions de travers à ses questions. «Sac à papier», jurait-il. Et il nous donnait sur la tête de grands coups du plat de son livre.

Le garçon s'arrête un instant et j'en profite pour lui dire que monsieur le curé est un brave homme, familier avec tout le monde, jovial et sans malice, ayant son franc-parler, même avec les riches.

— Vous savez jeune homme, notre curé n'est pas un lèche-pieds comme j'en ai vu lorsque je faisais mes études. Pour lui, les riches et les pauvres sont les brebis du seigneur et leur fortune ne compte pas dans l'attention qu'il leur porte.

Je vois le garçon esquisser un p'tit sourire.

— Qu'est-ce qui vous fait donc rire?, dis-je.

— Oh!, je pensais à Marianne Martin dit Tudor!

— Ah!, qu'est-ce qu'elle a bien pu faire ou dire de si drôle, celle-la?

— Et ben, en réponse à la question de monsieur le curé qui lui demandait si elle savait ce que Jésus avait dit à ses apôtres à la dernière scène, elle a répondu: «J'sais pas, monsieur le curé, j'étais pas là! ». On s'est tous mis à rire très fort! Mais monsieur le curé n'a pas ri. Il nous a dit: «regardez-moi rire tous ces badauds». Comme on savait pas ce que ça voulait dire, on a cru qu'il était faché.

— Je ne pouvais guère rentrer du catéchisme avant 10 heures, reprend le gamin. Sur le chemin du retour, on passait pas loin du village sur la chaussée du grand étang, juste à côté du moulin. On arrêtait chaque fois pour voir tourner la roue, entendre le grincement des meules, le tic-tac du mécanisme. Pis je partais avec Bernard Hamelin. Il m'entraînait le long du ruisseau ou poussent des arbustes dont les petits fruits servent à faire des colliers. C'est là que j'ai appris à faire des pétards de sureau! Ce fut la plus belle partie de notre marche au catéchisme. Comme j'arrivais à la maison un peu tard, ma mère me disait : «tu as encore lambiner! À la soupe! tes moutons s'impatientent à l'étable; il y a deux heures qu'ils devraient être aux champs!». Après la soupe, je repartais alors vers la jachère pour garder les moutons.

— Mais qu'est-ce que tu fais au village ce matin, à cette heure! Tu ne devrais pas justement être aux champs!, lui dis-je.

— Ben, je voulais voir la goélette de monsieur Lavoie. Mon père m'a demandé de passer au magasin général pour acheter deux verges d'indienne rouge picotée jaune à ma mère!

Le visage du jeune garçon est illuminé. Il est facile de comprendre que la goélette le fait rêver, elle fait rêver tous les enfants.

— Je dois rencontrer monsieur Lavoie pour parler de la mise à l'eau de la goélette et de son premier voyage, lui dis-je. Aimerais-tu m'accompagner? Je crois que je n'ai jamais vu des yeux aussi brillants et aussi reconnaissants!
Nous montons sur l'Anabelle accostée au quai du marchand. Monsieur Lavoie m'attend mais il paraît surpris de me voir accompagné du jeune François-de-Sales. Il nous salue poliment et nous invite à le suivre dans la cabine du capitaine.

— Ah! ce qu'elle a fière allure l'Anabelle, dis-je, admiratif. Combien de pieds est-ce qu'elle peut bien faire?

Eustache, émoustillé par notre béate admiration nous donne, sans attendre d'autres questions, toutes sortes de renseignements.

— Mon Anabelle fait 30 pieds de long par plus de 15 pieds de large. C'est un navire de 45 tonneaux. Comme avez dû le remarquer, elle a deux mâts. Il y a d'abord le mât principal et sa grande voile puis le mât de misaine et sa trinquette.

Voyant l'effet que tous ces mots hors du commun ont sur l'humeur du jeune garçon, il nous fait l'inventaire des pièces de l'équipement. Vous pouvez voir le foc, la drisse et le calebas de la grande voile avec des palans et des palanquins, la drisse du foc, un croc ou grappin de fer recourbé, une ancre avec sa chaine. J'ai aussi, pour la sécurité de mon équipage, un canot de sauvetage. Et, toisant le jeune François-de-Sales, il lui montre les cordages de toutes sortes, le bastinguage et le pourtour de la cabine du capitaine habillés d'un rouge «pétant», comme il dit si bien.


Augustin Lebeau, journaliste

La grange Yankee
et
l'enclos des chevaux.
La résidence du juge de paix.

Donald Laprise

Chez Donald Laprise

La chambre des enfants transformée en chambre d'amis.
Chez Donald Laprise
Percepteur seigneurial

Le bureau

Chez Donald Laprise

Le salon de la résidence.