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LES CHRONIQUES DE PROLOGUE
Par : AUGUSTIN LEBEAU [ 1851-1852 ]
Invitation chez les Laprise

Prologue, mardi 15 juin 1852

De bonne heure et d'humeur guillerette je clopine vers l'étable, j'attelle ma vieille jument Houppette et je pique vers le sud, en passant entre l'ancienne chapelle et la maison du maître de poste.

Comme convenu, Mademoiselle Tremblay est là, au bord du chemin, pas très loin de la maison de la veuve Jeanne Gagnon où elle pensionne. Cette jeune femme est un pur ravissement pour les yeux.

Joyeuse à l'idée de passer une journée en agréable compagnie, elle serre son ombrelle blanche dans ses mains de blanc gantées. Endimanchée et toute rayonnante, elle porte avec grâce un petit ruban bleu dans sa belle chevelure.

Cérémonieusement, je l'aide à monter dans la cariole et Houppette reprend la route à petit trot. Nous passons devant une vieille maison abandonnée. Les enfants disent qu'elle est hantée. Le jeune Bernard Hamelin et Reine Tremblay jouent à un autre de leurs jeux d'aventures. Ils nous voient et nous saluent.

Puis, nous passons devant la maison d'Alexandre Marchand, un voyageur absent depuis plusieurs années qui a abandonné sa jeune femme Marie-Claire Borduas ainsi que leurs trois enfants. C'est une bien bizarre d'histoire. Pétronille Papineau pourrait nous en parler. Elle a bien du courage la p'tite dame.

Près de la maison de Roger Dugas, des enfants jouent à faire rouler une roue qu'ils font avancer avec un bâton. Puis nous passons devant notre belle église qui fait la fierté des villageaois. Monsieur le curé Chandonnay fume une pipe sur la galerie du presbytère. Comme à chaque dimanche, l'office terminée et le ventre plein, il prend un repos bien mérité; je crois même qu'il dort sur sa pipe; du moins ça pourrait expliquer pourquoi il ne nous salue pas à notre passage, si curieux qu'il est de nature.

Nous arrivons bientôt devant la maison de Jérémie Larose. Dehors, le jeune Paulin fabrique un radeau avec sa bande. Les enfants nous envoient la main et courent en notre direction. Ils viennent saluer mademoiselle Tremblay qui leur parle de sa hâte de les revoir en classe. Houppette, qui trouve les enfants trop bruyants, hennit et trotte à vive allure pour s'éloigner de ces petits pirates.

Nous arrivons bientôt à la hauteur de la maison de Trefflé Bellerive et ensuite devant celle d'un autre grand absent, Jovite Lambert. Sa femme vit avec un de ses cousins arrivé depuis peu des vieux pays. Il est crampeur de poêle de son métier. Sa présence auprès d'une belle femme abandonnée est une situation qui fait jaser les villageois.

Nous arrivons enfin à la maison du juge de paix située à l'extrémité sud-est du village en face de la porte d'entrée du cimetière. Elle trône sur tout le paysage par sa blancheur. Donald Laprise, sa femme Mathilde Duchesne et leurs garçons Pierre et Jean nous attendent depuis déjà un bon moment. Lentement, Houppette qui connaît l'endroit se dirige vers l'écurie afin de rejoindre son bon copain Milice.

La conversation de nos hôtes semble animée. Il est évident qu'ils discutent du charivari qui a eu lieu chez Michel Desrosier. Pierre, nous rejoint à l'écurie, où je termine d'installer Houppette.

— Bonjour mademoiselle Tremblay, dit-il en s'inclinant devant elle et en lui prenant la main pour lui faire un baisemain.

La jeune dame rougit et, confuse, lui prend le bras pour aller saluer les parents de notre ami.

Je n'ai eu droit qu'a un simple sourire. Ils m'ont laissé là, sans m'inviter à les suivre. J'avais l'air d'un piquet de clôture ou pire encore, d'un bibelot destiné à être déposé sur une commode. Encore une chance que mon ami Jean Laprise se soit littéralement jeté sur moi pour me souhaiter la bienvenue.

Je veux bien admettre qu'elle est belle «pas pour rire» la maîtresse d'école, mais c'est pas une raison pour se servir ainsi de ses amis. Je vais m'en rappeller de celle-là. Il viendra la chercher lui-même sa dame la prochaine fois. Après tout je ne suis pas l'homme de service!

Remarquant l'impolitesse de leur fils, monsieur Laprise et sa dame viennent vers moi pour me faire l'accolade et me souhaiter la bienvenue. Ils sont si chaleureux que j'en oublie mes déboires et pardonne à nos deux tourtereaux.

L'après-midi s'écoule lentement. Nous sommes tous assis sur la galerie à parler de choses et d'autres. Tel que promis, Pierre nous raconte le charivari qui a marqué l'histoire de son établissement à Saint-Hyacinthe.

— Lorsque je suis arrivé à Saint-Hyacinthe, dit-il, j'ai été témoin d'un charivari très spécial. Pendant plus de deux mois, un marchand de La Présentation, un des terroirs les plus anciens de la seigneurie de Saint-Hyacinthe, a été l'objet d'un charivari hostile. Il faut dire qu'il l'avait bien cherché et il n'avait aucun ami dans le village. Notre homme avait marié une femme beaucoup trop jeune pour lui. En plus, il pratiquait le prêt usuraire et plusieurs habitants et négociants étaient très endettés envers lui. Il faut dire aussi que la jeune fille était très belle et qu'elle faisait l'envie de bien des jeunes de la paroisse qui avaient l'impression que ce vieux filou leur avait volé cette beauté.

— Pendant ces deux mois, des gens masqués vinrent la nuit, à la fenêtre du marchand, crier des insultes de toutes sortes: voleur, canaille, filou. On lança des pierres sur sa demeure. Malgré la promesse qu'il fit de faire une grande fête pour faire cesser le charivari, il dut attendre que la colère populaire perde de sa vigueur. Un soir, des cavaliers masqués et des charivaristes portant plusieurs armes et des lanternes attachées au bout d'une perche ont mis accidentellement le feu à sa demeure. Sa femme a failli être brûlée sérieusement. L'enquête qui suivit se termina en queue de poisson car personne ne voulut témoigner. Le marchand a retenu sa leçon. Depuis ce temps il prête son argent à des taux raisonnables.

Cette histoire a semblé impressionner la jeune maîtresse d'école. De toute la soirée elle n'a plus quitté le journaliste des yeux. Je remarque le contentement de monsieur Laprise et sa dame devant le spectacle des deux jeunes en pâmoison l'un pour l'autre. Même les chats sont venus contempler la scène.


Augustin Lebeau, journaliste

La grange Yankee
et
l'enclos des chevaux.
La résidence du juge de paix.

Donald Laprise

Chez Donald Laprise

La chambre des enfants transformée en chambre d'amis.
Chez Donald Laprise
Percepteur seigneurial

Le bureau

Chez Donald Laprise

Le salon de la résidence.