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LES CHRONIQUES DE PROLOGUE
Par : AUGUSTIN LEBEAU [ 1851-1852 ]
Fête de la Saint-Jean-Baptiste

Prologue, jeudi 24 juin 1852

Aujourd'hui, c'est jour de fête! C'est la Saint-Jean-Baptiste. Une messe solennelle a débuté les festivités qui se sont poursuivies par un défilé, le premier du genre à Prologue.

Le défilé ressemblait en tout point à une procession religieuse quelconque. Les notables formaient un cortège qui se terminait par le jeune Saint-Jean-Baptiste. Le p'tit qui faisait le Saint-Jean-Baptiste ne tenait pas en place. Je pense que la peau de bête dont il était vêtu le démangeait. Le pauvre ne cessait de se gratter, de faire des grimaces et des mouvements dignes des meilleurs bouffons et contorsionnistes. Les gens en avaient les larmes aux yeux tellement le spectacle du p'tit les amusait. Faudrait penser pour l'année prochaine à trouver un jeune garçon qui n'a pas de problème à porter les peaux de mouton!

Quoi qu'il en soit, la foule a suivi le défilé jusque dans la rivière où hommes, femmes, enfants et animaux s'y retrouvèrent avec plaisir. Enfin, on pouvait se baigner. L'eau de la Saint-Jean, comme l'eau de Pâques, guérit tous les maux et assure une bonne santé toute l'année. Après ces ébats dans l'eau froide on a étendu des nappes sur l'herbe pour un grand pique-nique.

Toutes sortes de jeux ont amusé les petits et les grands : colin-maillard, concours de jambettes, course de poches. On a même assisté à une course de picouilles. Faut dire, et cela sans méchanceté, que certains dans le village n'ont que ça des «picouilles».

— Cou donc, m'a dit Léon Simard, vous ne courez pas avec votre picouille cette année, monsieur le journaliste?

— D'abord monsieur le vaniteux, je n'ai pas de picouille!, lui ai-je répondu, insulté. Ma jument Houpette a montré à la face de tous qu'elle était digne des meilleurs courseurs de la seigneurie. C'qui fait, Monsieur le suffisant, que je l'ai inscrite pour une autre course plus appropriée à ses talents.

Je trouve ces courses de picouilles très violentes pour ces pauvres chevaux qui n'ont fait de mal à personne. Le gagnant est le dernier arrivé. Vous pensez peut-être que la course ne finit jamais! Et bien détrompez-vous! Chacun conduit la picouille de l'autre. Ce qui fait qu'il a intérêt à ce que sa monture aille le plus vite possible. On joue donc du fouet et le pauvre animal qui termine le dernier, s'il est couronné vainqueur, a reçu plus que sa dose de coups de fouets. Bien des gens protestent mais la drôleté et l'étrangeté de la situation amuse beaucoup.

Puis il y a eu la bénédiction des radeaux et des chaloupes. Les jeunes de la bande à Paulin Larose et les filles de la bande à Odile Lavoie, une fois assurés de la protection de tous les Saints du Paradis, se sont élancés sur les flots tumultueux de la rivière en quête d'une grande aventure. De loin, les gens ont assisté à une bataille épique entre pirates d'eau douce. Nos corsaires, conscient de leur popularité, sont demeurés bien en vue, chacun cherchant à épater les spectateurs réunis sur les rives de la baie aux Canards.

A la tombée du jour, un grand feu de joie fut béni par l'abbé René Gadouas : «Bénissez Seigneur ce feu, que pleins de joie, nous allons allumer pour la nativité de Saint-Jean-Baptiste.» À l'apparition des premières flammes, le foule cria et les miliciens firent entendre les décharges de leurs fusils. La joie était à son comble et les enfants très excités. On a chanté et on dansé au son du violon d'Henri Lambert.

Vers la fin de la soirée, le vieux conteur Robert Gadouas a rassemblé les enfants autour de lui et leur a raconté l'histoire affreuse de l'enlèvement de deux enfants qui n'avaient jamais été retrouvés malgré le tribut payé par leurs parents aux malfaiteurs. On avait bien, quelques années plus tard, retrouvé des ossements ensevelis dans le caveau à patate d'une ferme abandonnée, mais rien n'avait permis d'affirmer qu'il s'agissait des enfants enlevés quelques années plus tôt.

Puis, sous un ciel étoilé, dans la fraîcheur de cette nuit d'été, heureux, fier et plus fort de cette solidarité canadienne française encore une fois exprimée à la face de l'occupant, chacun est retourné chez soi. Les jeunes enfants, épeurés par l'histoire du conteur, aux aguets, alertés par le moindre bruit, imaginant des malfaiteurs à l'affut derrière les ombres de la nuit, prêts à bondir sur eux, serraient plus fermement que d'habitude la main rieuse qui les protégeait. Robert Gadouas avait réussi son effet.


Augustin Lebeau, journaliste

La grange Yankee
et
l'enclos des chevaux.
La résidence du juge de paix.

Donald Laprise

Chez Donald Laprise

La chambre des enfants transformée en chambre d'amis.
Chez Donald Laprise
Percepteur seigneurial

Le bureau

Chez Donald Laprise

Le salon de la résidence.