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LES CHRONIQUES DE PROLOGUE
Par : AUGUSTIN LEBEAU [ 1851-1852 ]
En attendant le vapeur

Prologue, lundi 28 juin 1852

Il est deux heures de l'après-midi. Depuis quelques minutes les gens s'agglutinent sur le quai. Le bateau à vapeur ne devrait pas tarder. C'est la première fois qu'il vient à Prologue!

Firmin McLean, assis sur une grosse pierre, surveille l'horizon et s'exerce à faire les différents noeuds de matelotage que le capitaine Eustache lui a appris: cul de porc, jambe de chien, queue de rat, gueule de raie, gueule de loup, noeud de griffe. Luc Papineau est près de lui et chante doucement :

«Il est parti de l'OrientAvec belle mer et bon ventIl cinglait bâbord amuresNaviguant comme un poissonUn grain tombe sur sa mâtureV'là le corsaire en ponton Allons les gars, gai, gaiAllons les gars, gaiement!»

La jeune Édith Caldwell observe en retrait les deux garçons conquis par le métier de marin.

— Monsieur Lebeau, dit-elle à mon approche, saviez-vous que le capitaine Lavoie veut faire de Firmin McLean le gabier de son Anabelle?

— Ah, bon! le jeune Firmin est de nouveau dans les bonnes grâces du capitaine malgré sa sortie et ses éclats pour faire monter son chien Papineau à bord.

— Ouais, dit-elle, c'est vrai que c'était toute une colère. J'peux vous en parler, j'étais cachée avec mon bien-aimé derrière un petit bâtiment. Le Firmin il tenait mordicus à ce que «Papineau» l'accompagne dans tous ses voyages. J'ai même vu le chien tenter de mordre monsieur Lavoie. Tel chien, tel maître que je me suis dit! Le Firmin faisait ben pitié devant le refus définitif du cap'taine qui lui a expliqué qu'un chat était l'animal parfait sur une goélette car ces bêtes s'occupaient de la vermine! Pis, il paraît qu'un chat embarqué depuis plusieurs saisons de navigation est considéré comme un excellent talisman pour avoir vent en poupe et bonne mer. Luc m'a dit aussi que les matelots doivent apprendre le comportement des chats car ceux-ci annoncent le temps qu'il fera. Quant aux chiens, ils n'ont aucune utilité sur un bateau.

— Le temps qu'il fera, dis-je sceptique!

— Faut me croire monsieur Lebeau. Les matelots disent que «Chats qui poils et pattes léchant, sont signe de pluie et de vent».

— Faut pas croire tout ce que les marins racontent ma p'tite. Il me semble que les chats passent leur temps à se laver les pattes et le poil et il pleut pas à chaque fois! Revenons plutôt à ce «gabier» jeune fille! Que signifie ce mot?

— C'est ben simple! Firmin sera chargé de l'entretien et de la manoeuvre des voiles et du gréement, lance-t-elle fièrement.

— C'est donc dire que c'est lui qui va passer le goret et nettoyer les carènes de la goélette!

— Non, non monsieur Lebeau! Ce travail est réservé aux deux mousses que monsieur Lavoie a engagés pour la saison.

— Qui sont ces deux mousse, ma fille?

— Ce sont les deux garçons du maître-coq que le cap'taine engage depuis trois ans pour faire la cuisine sur sa goélette. Il paraît qu'il est aussi bon que le cuisinier du seigneur Prologue. Enfin! c'est ce que prétend monsieur Lavoie, dit-elle en souriant. J'peux dire que mon Luc et que Firmin pensent de même!

— Et ton beau Luc, quelle sera sa tâche?

— Monsieur Lavoie veut lui enseigner tous les rudiments du pilotage. Il veut faire de lui un capitaine de goélette. Oh!, regardez monsieur Lebeau, v'là le bateau!

En effet, le voilà à la pointe Ouest de l'île qui s'apprête à tourner tribord pour venir s'ancrer au mouillage d'Eustache Lavoie qui a déplacé l'Anabelle du côté sud de l'île, à la pointe Est. Quel spectacle! Il faut le voir pour le croire.

Eustache Lavoie ne cache pas son inquiétude. S'il fallait que ce magnifique bateau fasse du service ici sur la rivière, il perdrait une bonne partie de sa clientèle.

A bien y penser, les gens seraient moins captifs de ses horaires et de ses prix. Et puis il ferait sûrement moins le fanfaron! Malheureusement, ce vapeur ne sert pas au cabotage mais aux liaisons maritimes et commerciales entre Montréal et New-York. Et puis, il arrive tout juste à passer entre l'île aux fermiers et la berge. Une chance que la rivière est profonde à cet endroit.

Ce navire marchand est un long-courrier adapté aux conditions de la navigation océanique. Ah! à première vue, il jauge bien cent quatre-vingt à deux cent tonneaux. La plupart des gens de la seigneurie voient ce type de bateau pour la première fois.

Lorsque j'étais aux études à Montréal j'ai eu à maintes reprises l'occasion de voir des navires. J'avais un ami dont le père possédait le principal chantier naval d'Hochelaga. C'est même lui qui a construit l'Accomodation et le troisième bateau à vapeur de John Molson. Nous allions souvent au quai pour voir arriver les grands voiliers qui traversaient l'Atlantique.

Archibald et moi étions convaincus qu'il était l'unique constructeur de bateaux. Un jour il nous raconta l'histoire de la construction navale au Bas-Canada. Il nous expliqua que, depuis 1811, plusieurs voiliers et navires à vapeur avaient été assemblés dans différents chantiers montréalais. Nous fumes fort surpris d'apprendre que, dès 1820, Montréal possédait deux fonderies produisant des moteurs pour des navires. Il expliqua que la construction navale n'était pas la chasse gardée de Montréal. Il y avait un très gros chantier à Québec et, à la même époque, Sorel lançait des bâtiments.

La construction navale se pratiquait depuis les îles-de-la-Madeleine et la côte du Labrador à l'Est, jusqu'à Montréal à l'Ouest. Bien sûr, il fallait satisfaire les besoins de la clientèle locale. C'est pourquoi la taille et le type des bâtiments variaient beaucoup. La majorité des voiliers construits à cette époque jaugeaient moins de cent tonneaux et les plus gros dépassaient rarement trois cent tonneaux.

Nous fûmes très étonnés d'apprendre qu'il existait une dizaine de classes différentes de voiliers. Mais de tous les bâtiments lancés, c'est la goélette qui avait et qui a toujours la place d'honneur. Construites dans la vallée du Saint-Laurent, ces schooners jaugent entre trente et cent quatre-vingt tonneaux et certains peuvent, malgré leur taille restreinte, franchir l'Atlantique.

Je ne pense pas que celle d'Eustache Lavoie puisse accomplir cet exploit. Quoiqu'il en dise, la structure de l'Anabelle ne semble pas assez solide pour affronter une mer déchainée. Le plus beau des bâtiments, celui qui nous faisait rêver Archiblad et moi c'était le sloop, petit voilier de trente à cent tonneaux d'une élégance et d'une souplesse inégalées.


Augustin Lebeau, journaliste

La grange Yankee
et
l'enclos des chevaux.
La résidence du juge de paix.

Donald Laprise

Chez Donald Laprise

La chambre des enfants transformée en chambre d'amis.
Chez Donald Laprise
Percepteur seigneurial

Le bureau

Chez Donald Laprise

Le salon de la résidence.