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LES CHRONIQUES DE PROLOGUE
Par : AUGUSTIN LEBEAU [ 1851-1852 ]
Siffler le vent

Prologue, mardi 29 juin 1852

Firmin McLean et Luc Papineau me font des signes. Je les rejoins sur leur îlot de pierres. La délicatesse du jeune McLean m'étonne. La vie de marin doit le rendre heureux et atténuer son mauvais caractère.

Le bateau à vapeur est tout près. On peut entendre le capitaine donner des commandements aux matelots. «Bâbord la barre! Bâbord un peu! Bâbord toute», crie-t-il au timonier. Firmin, fier de ses connaissances, me demande alors si je sais ce que signifie le mot bâbord. Je lui réponds que c'est le côté gauche du navire quand, placé à la poupe, on regarde la proue!

— Je vois que vous connaissez un peu les bateaux, rétorque Luc Papineau qui n'avait rien manqué de la conversation.

— Et ben oui, les jeunes! Et, savez-vous vous pourquoi le côté gauche du navire est ainsi dénommé?

Devant leur ignorance, je triomphe. Cérémonieusement, je leur explique que le côté gauche a de tout temps été jugé moins noble que le droit et que le mot bâbord vient probablement de l'expression «bas bord». C'est pourquoi le code de préséance des marins honore toujours le tribord avant le bâbord sauf lorsqu'on est sous voiles où le coté d'honneur devient celui du vent. C'est aussi pour cette raison que les bateaux en perdition croisent par tribord le navire du Diable. Et oui, ce fameux navire qui transporte et trimbale les matelots damnés jusqu'à la fin des temps.

Stupéfait, Luc Papineau échappe sa pipe de plâtre.

— Le navire du Diable, dit-il, incrédule!

— J'vois que le cap'taine Lavoie ne vous en a pas parlé avant votre engagement. Je le comprend, il pensait peut-être que vous auriez peur de naviguer. À votre place, je lui demanderais des explications!

— Luc, t'as cassé ta pipe de plâtre, dit Édith Caldwell qui ne semble pas impressionnée par mes histoires.

Tout en ramassant les morceaux, elle ajoute :

— C'est pas vous monsieur Lebeau qui me disiez, y a pas quelques minutes qu'il fallait pas croire tout ce que disent les marins?

— Vous êtes bien futée pour votre âge, dis-je en riant.

En bas, on installe une passerelle pour permettre à la population de monter sur le pont du bateau à vapeur. Ainsi, les propriétaires du navire veulent intéresser les bourgeois à utiliser ce moyen de transport révolutionnaire.

— Cou donc monsieur Lebeau, comment se fait-il que vous connaissiez tant de choses sur les bateaux?, demande Firmin en rompant le silence.

— Ecoute, le jeune! je pourrais vous en apprendre peut-être bien plus que le cap'taine Lavoie. Pourriez-vous me dire comment les marins appellent les passagers qui n'ont pas le pied marin?

— Je n'en sais rien, répond gentiment l'apprenti matelot.

— Éléphant! On les nomme éléphants parce que leur démarche pesante et embarrassée les apparente à ce gros pachyderme.

— Ouais! dit le jeune Papineau, c'est ressemblant. Je commence à peine à connaître le langage imagé des marins et ses imprévisibles charmes. Ma douce amie, savez-vous ce que signifie l'expression «siffler le vent»?, lance-t-il en se retournant vers sa bien-aimée.

— Non! dit-elle, le coeur gonflé d'admiration!

— Monsieur Lavoie nous a raconté que «siffler le vent» est une ancienne superstition de la marine à voile dont il ne faut pas rire devant quiconque a naguère souffert du manque de brise. Lorsque la mer est abandonnée par les vents, que les voiles flic-flacotent, pendues comme chemises aux vergues, le capitaine, anxieux, mouille son petit doigt et, si la brise demeure indifférente, il se met à siffler doucement et de temps en temps, il dit: «Arrive vieux père, arrive, vieux garçon, viens mon petit» et toutes sortes de tendresses du même genre. Tout véritable matelot sait bien qu'on ne doit pas siffler sur le pont ou dans la mâture d'un vaisseau. On ne peut le faire que très doucement par calme plat pour appeller la brise.

Puis, les deux jeunes matelots prennent la jeune fille par la main et chantonnent doucement :

«Siffle, gabier, siffle doucement Pour appeler le ventMais sitôt la brise venue, Gabier, ne siffle plus.Siffle cap'taine, siffle doucementPour appeler le ventMais tiens bon dès le vent dans tes voiles, Si tu tiens à ta toile.»

Émouvant spectacle que cette douce mélodie qui s'oppose aux grondements de métal et de bois de ce vapeur crachant sa fumée noire.


Augustin Lebeau, journaliste

La grange Yankee
et
l'enclos des chevaux.
La résidence du juge de paix.

Donald Laprise

Chez Donald Laprise

La chambre des enfants transformée en chambre d'amis.
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