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LES CHRONIQUES DE PROLOGUE
Par : AUGUSTIN LEBEAU [ 1851-1852 ]
Le partage des terres disponibles

Prologue, vendredi 2 juillet 1852

Un peu partout dans la seigneurie les habitants visitent leur champ. C'est de même qu'ils évaluent l'état de maturation des grains qu'ils ont semés. Comme vous savez, les graines n'ont pas toutes le même temps de floraison. Et puis, les habitants n'ont pas tous semés les mêmes graines. Ici à Prologue, on ne cultive pas seulement du blé.

Par exemple l'avoine, première céréale semée, est aussi la première à atteindre sa maturité. C'est pour ça qu'on voit Marie-Louise Beaulieu parcourir depuis deux jours ses terres. Elle a semé aussi de l'orge en mai et devrait le récolter en juillet.

Chez Léon Simard, les engagés sont à mettre en terre le sarasin! Léon dit que c'est le meilleur temps «parce que, de même, on évite qu'il arrive en fleur durant les grandes chaleurs».

Comme Léon a plusieurs terres, cela lui permet de diversifier sa production; c'est d'ailleurs un des rares habitants du terroir qui puisse se permettre cette «fantaisie», comme disent les jaloux! Il cultive aussi du blé, du seigle et du maïs. Les pauvres paysans disent que Léon Simard est comme un deuxième seigneur dans la seigneurie. Plusieurs lui doivent de l'argent et ne voient pas le jour où ils pourront s'acquitter de leur dette! C'est pourquoi quelques-uns paient en nature!

Ainsi, ils donnent à Léon des journées de travail, soit dans la période des labours, soit dans la période du fauchage et de l'entreposage du foin ou encore durant les différentes récoltes. Certains réservent une partie de leur bois de chauffage pour rembourser notre «GENTILHOMME CAMPAGNARD» ou encore notre «HOBEREAU» comme ils disent. Je ne saurais dire, s'ils pensent alors à l'oiseau rapace diurne ou encore aux petits seigneurs qui jadis tyrannisaient leurs paysans!

Si j'avais à vous donner une image du territoire agricole de la seigneurie, je n'aurais pas assez de 100 pages pour vous le décrire.

Disons d'abord qu'il y a une partie du terroir qui est parsemée de terres bien développées. De vieilles familles trônent sur cet espace, parfois depuis plus de 100 ans. Et cette occupation peut, dans certains cas, remonter au temps des Français.

Les descendants de ces familles n'ont pas tous pû s'établir dans la paroisse de leurs ancêtres. Ils ont dû migré à la recherche de nouveaux terroirs à coloniser. C'est ainsi que plusieurs habitants de la seigneurie sont originaires de la plaine de Montréal, de Québec et de la Malbaie.

Les dernières terres concédées dans la seigneurie sont loin de tous les services, autant du moulin à scie que du moulin à farine. Les habitants qui cultivent ces terres sont loin de l'église, du magasin-général et de l'école et, en général ils sont très pauvres. Quelques-uns ont même déguerpi sans payer leurs redevances au seigneur Prologue!

Certains, plus chanceux, ont acquis par le biais de leur père, les dernières terres disponibles près de la rivière, pas trop loin des marchés. Par exemple, le jeune Marc Simard travaille depuis 3 ans sur la terre que son père avait pris en concession à son arrivée à Prologue il y a vingt ans, dans le but de la céder à son fils ainé dès que possible. Elle est de bonne qualité, chose rare pour les terres qui restent en bordure des cours d'eau car il y a bien longtemps que les meilleures ont été concédées.

La terre de Marc Simard est une terre où l'érable, l'orme, le frêne et les aulnes dominent, signe d'une terre de première qualité. Le père Simard avait bien reconnu le terrain et son expérience lui avait appris qu'une terre où différentes espèces de bois durs et de bois mous sont mélangés, possède un sol qui donnera de bons rendements.

Le jeune homme est donc un colon favorisé car il défriche l'une des dernières bonnes terres de ce vieux terroir. Comme je vous disais plus haut, les autres ont été obligés d'aller beaucoup plus loin au nord-ouest de la seigneurie.

Certains fils d'habitants préfèrent ne pas s'éloigner de leur famille et s'engagent comme ouvriers agricoles chez les gros paysans comme Léon Simard. Ainsi, ils n'ont pas besoin d'aller «au diable au vert» pour tirer leur pitance.

Il y a même parfois des jeunes gens qui appartiennent à des familles établies dans la seigneurie depuis trente ans et qui doivent partir à la conquête de nouveaux milieux naturels. Un père ne peut diviser sa terre entre ses nombreux fils s'il aspire à conserver un certain rendement. C'est ainsi que plusieurs fils de familles d'habitants de la seigneurie ont dû, comme les immigrants arrivés de fraîche date, recommencer presque à neuf sur des terres éloignées.

Marc Simard pourrait vous en dire long sur la vie exigeante du colon. Tout en travaillant sur la concession familiale il a dû trouver le temps pour repérer sur sa nouvelle concession l'endroit convenable pour y asseoir sa première maison, je devrais plutôt dire sa cabane. La proximité de l'eau, des voisins et des chemins furent les éléments que le jeune colon a dû prendre le plus en considération. C'est le vieux sourcier du village qui lui a trouvé de l'eau.


Augustin Lebeau, journaliste

La grange Yankee
et
l'enclos des chevaux.
La résidence du juge de paix.

Donald Laprise

Chez Donald Laprise

La chambre des enfants transformée en chambre d'amis.
Chez Donald Laprise
Percepteur seigneurial

Le bureau

Chez Donald Laprise

Le salon de la résidence.