Sommaire [ 1-15 ]
1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6
7 | 8 | 9 | 10 | 11
12 | 13 | 14 | 15

Sommaire [ 16-30 ]
16 | 17 | 18 | 19 |20
21 | 22 | 23 | 24 | 25
26 | 27 | 28 | 29 | 30

Sommaire [ 31-45 ]
31 |
32 | 33 | 34 | 35
36 | 37 | 38 | 39 | 40
41 | 42 | 43 | 44 | 45

Sommaire [ 46-60 ]
46 | 47 | 48 | 49 | 50
51 | 52 | 53 | 54 | 55
56 | 57 | 58 | 59 | 60

Sommaire [ 61-75 ]
61 | 62 | 63 | 64 | 65
66 | 67 | 68 | 69 | 70
71 | 72 | 73 | 74 | 75

Sommaire [ 76-90 ]
76 | 77 | 78 | 79 | 80
81 | 82 | 83 | 84 | 85
86 | 87 | 88 | 89 | 90

Sommaire [ 91-105 ]
91 | 92 | 93 | 94 | 95
96 | 97 | 98 | 99 | 100
101 | 102 | 103 | 104 | 105

LES CHRONIQUES DE PROLOGUE
Par : AUGUSTIN LEBEAU [ 1851-1852 ]
Le labeur du colon

Prologue, samedi 3 juillet 1852

La bière de Jean Laprise est excellente! La bière de Jean Laprise est excellente qu'il m'a dit le shérif! C'est pas ce que je voulais savoir. Et puis lorsque j'ai insisté pour avoir de vraies informations il a ajouté: «Ouais! la tarte aux pommes de Thérèse Chiasson est fabuleuse! Vraiment quel délice!»

Puis il a tourné les talons et s'en est allé rejoindre le capitaine de milice. Il paraît qu'ils avaient quelque chose à faire! Mais quoi exactement? C'est ce que j'aurais aimé savoir.

— Faut pas que les informations soient divulguées, m'a dit le shérif!

Pardi! je ne suis pas une langue de vipère! Je sais garder un secret lorsqu'il le faut! Ah oui, faut que je vous dise. Un shériff de Saint-Hyacinthe est ici au village. Il mène une enquête paraît-il. J'ai tenté en vain d'en savoir plus mais, impossible, ce monsieur est trop peu bavard.

Toujours est-il que lorsque je suis ainsi contrarié je broie du noir et la seule façon de me remettre de mes émotions est de passer une heure ou deux à jouer avec mon bilboquet. Bougre d'idiot que je me disais tout en tentant de placer la boule sur le bâton! Pourquoi ce p'tit bonhomme est-il si mystérieux?

Mais revenons-en à nos moutons. Pardon! Revenons-en à notre colon. Marc Simard, avant d'élever sa cabane en bois rond, a dégagé un emplacement à l'abri du feu. Il a rasé des arbres et nettoyé le sol des branches et des brindilles qui s'y trouvaient. Il lui a fallu du temps. Il est sur place depuis l'automne précédent. Au printemps, avant d'essoucher, il a labouré à la pioche et semé entre les souches de l'orge, du sarasin et des pommes de terre.

Cet été, il est passé au défrichement proprement dit en vue de la constitution des abattis. Bien sûr! il n'a pas abattu tout ce qui se trouvait sur son passage.

— Ma foi, me disait-il, il faut ben en laisser quelques-uns pour faire de l'ombre aux animaux!

Ce sont les premiers jours consacrés au défrichement qui sont les plus durs de tous car il fait bigrement chaud. Puis, chaque jour suffit sa peine, on abat des arbres, on les coupe et on les dépouille de leurs branches.

Le p'tit Simard était seul à travailler fort de même sur sa terre. Quand je dis seul, je ne parle pas des moustiques, ces mauvais compagnons des colons. J'ai entendu, à maintes occasions, le jeune parler fort et dire en vain le nom du seigneur mais, à part moi et les moustiques, qui pourrait en témoigner? Je suis moins susceptible que la rapporteuse à Papineau.

Pour tout dire, ça fait bien trois ans que le jeune Simard s'occupe sur sa terre. La première année il a été occupé à défricher; la seconde, il a préparé d'abord le sol et puis semé entre les souches. Il a aussi brûlé les abattis qu'il avait fait en s'aidant d'un petit boeuf donné en avancement d'hoirie par le père Tremblay dit Bouteille, son beau-père. Il a également envoyé au moulin à scie les billots qu'il avait mis de côté pour sa maison permanente.

Ah! Lorsque les habitants brûlent leurs abattis on dirait un feu de forêt. Il faut me croire lorsque je vous dis que c'est tout un spectacle. Évidemment, le p'tit, suivant les conseils de son père, a été très prudent.

Tous ici connaissent la vieille histoire du père Latreille qui avait, lors d'une journée chaude et sèche, allumé imprudemment des feux sur sa terre pour accélérer le défrichement. Le feu consuma environ une lieue et demi à la ronde et plus de 5 maisons, sans compter le bois de la forêt. Faudrait surtout pas que ça se reproduise.

Le marchand Lavoie est venu rencontrer le jeune avant qu'il ne procède à ce travail. C'est que notre bonhomme fait aussi commerce de la potasse. Je devine votre interrogation! C'est simple! les cendres des abattis brûlés contiennent de la potasse, un alcali très en demande en Angleterre. Dès que le tas de bois s'est consumé, notre jeune colon a abrité les cendres pour les protéger de la pluie car une simple ondée les appauvrirait beaucoup, tant la potasse est soluble dans l'eau.

Dans un premier temps, il a fait bouillir cette cendre et dans un deuxième temps, il a décanté ce bouillon. Il a ainsi obtenu un sel de potasse appelé «sall» ou «salin» qu'il s'est empressé de porter à monsieur Lavoie, comme promis.

Le marchand Lavoie revendra ce même quart de salin à la potasserie de Saint-Hyacinthe où ce sel sera lessivé à la chaux, puis brûlé dans un four à réverbère pour donner la potasse.

Actuellement, l'Angleterre produit à elle seule près de la moitié de tous les tissus de coton vendus dans le monde. Il lui faut des quantités fabuleuses de potasse pour nettoyer et surtout blanchir les fibres. Comme vous voyez, la métropole a besoin de la potasse de sa colonie du Canada sans quoi les grandes filatures seraient inopérantes.

Marc Simard m'a dit qu'il avait touché 20$ le tonneau de sel de potasse.

— Ouais, que je lui ai dit! Le «bounhoumme» est pas trop avare; il t'a donné un bon prix!

— Le «bounhoumme» comme vous dites, il donne rien. J'estime qu'il m'en a coûté 15$ pour le produire ce fameux tonneau! A part ça, les réserves du «bounhoumme» étaient à sec, c'est pour ça que j'ai pû écouler facilement les fruits de mon labeur; c'est pas toujours de même. Le «bounhoumme» a payé en argent sonnant mais, la plupart du temps, il paie en provisions de bouche et de vêtements.

— Voyant qu'il s'énervait je changeai de sujet.

Pis, à quand la construction de la maison permanente!

— La corvée est prévue pour mercredi; les voisins, quelques amis et ma famille doivent venir m'aider. Ah! Ce sera pas un château comme le manoir de pierres du seigneur Prologue ou ben encore la maison du meunier Martin dit Tudor! Ce sera un petit logis de pièce sur pièce blanchi à la chaux, avec cheminée de bousillage, plancher en madrier et toit en pignon de bardeau et de planche. Pis lorsque la maison sera prête, la cabane de bois rond qu'on habite depuis presque deux ans sera vidée et transformée en étable. Même si ma Brigitte est pas du genre à se lamenter elle a ben hâte d'aménager dans la nouvelle maison. Victoire et Clémentine, ses deux grandes amies, viendront l'aider dans cette tâche.

— Coudonc m'sieur Lebeau! Avez-vous des nouvelles de l'enquête du shérif au melon?

— Faudrait bien lui tirer les vers du nez, celui-là!


Augustin Lebeau, journaliste

La grange Yankee
et
l'enclos des chevaux.
La résidence du juge de paix.

Donald Laprise

Chez Donald Laprise

La chambre des enfants transformée en chambre d'amis.
Chez Donald Laprise
Percepteur seigneurial

Le bureau

Chez Donald Laprise

Le salon de la résidence.