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LES CHRONIQUES DE PROLOGUE
Par : AUGUSTIN LEBEAU [ 1851-1852 ]
Le moulin à farine

Prologue, dimanche 4 juillet 1852

Le meunier n'est pas venu à la messe ce matin; la maladie le cloue au lit. Il sera sûrement très heureux d'entendre les dernières nouvelles.

J'attele donc ma fidèle jument et une fois bien en selle, je Je lui dis:

— Ma belle, ma douce Houppette nous allons chez Magloire.

Elle connaît le chemin et je pourrais m'endormir qu'elle nous mènerait à bon port.

Magloire et moi sommes amis depuis l'enfance. Lorsque j'étais jeune, j'ai d'abord fait comme tous les autres enfants qui l'agaçaient avec son nom. Je les entend encore crier «Magloire?». Après un court silence ils entonnaient en choeur: «tu dors». Et tous se tapaient sur les cuisses tellement ils se trouvaient drôles!

Ça peinait mon ami mais il avait la répartie facile et il se moquait à son tour de leur nom. Je ris encore en repensant à ces bêtises d'enfants! On criait «t'as perdu ton boeuf Charette?» ou «tes bras dépassent Courtemanche!» ou «t'es pas chanceux Lachance!». Ces petits duels verbaux finissaient toujours de la même manière; on riait tous ensemble, les uns des autres bien sûr.

Aujourd'hui, comme dirait Magloire Martin, dit Tudor, «tout ça c'était rien que des jeux d'enfants, Sainte-Farine». Mais, j'pense qu'il se trompe car les habitants arrivent souvent au moulin en fredonnant: «Meunier, tu dors (Tudor) ton moulin va trop vite. Meunier, tu dors ton moulin va trop lent...»

Comme dirait le meunier: «Ma foi, y en a qu'ont pas grandi, Sainte-Galette! » Le meunier a un répertoire de saints et de saintes très particulier. En fait, son vocabulaire est très coloré et imagé et touche de près aux choses de son métier. Je ne crois pas que vous ayiez jamais entendu parler de Sainte-Galette ou de Sainte-Toupie ou encore de Sainte-Farine ou Sainte-Meule!

Le moulin à farine de notre seigneurie est imposant par son architecture massive construite en pierres des champs. Il est situé sur le flanc de la rivière et de là il trône sur une nature magnifique.

Au cours des dix dernières années il a subi maintes transformations. La vieille roue à aube a disparu et avec elle toute une partie de l'histoire du bâtiment. Magloire n'a pû s'en débarasser pour de bon et il l'a laissé reposer tout près des anciennes structures du moulin. Il m'a dit, en reniflant un peu : «c'est à son tour de prendre du bon temps et d'admirer le panorama de cette campagne fertile».

Ouais, c'est un coin magnifique et il y a tellement de souvenirs accrochés à ces vallons, à ces ondulations, il y a tellement de cachettes, de jeux d'enfants! Mais laissons-là cette mélancolie. Mes devoirs de journaliste me commandent de vous expliquer comment tout cela fonctionne.

D'abord, l'eau est harnachée par une digue de quatre pieds d'épaisseur sur sept pieds de hauteur reliant les deux rives du ruisseau. C'est le point de départ de l'énergie du moulin à eau. Dès l'ouverture de la vanne, l'eau s'engouffre dans la chambre des turbines. En 1849, le seigneur Prologue a fait remplacer la roue à aube par des turbines «Leffel». Il en existe trois dans la salle des turbines. Pour sûr que ce moulin est l'un des meilleurs des environs.

Le moulin, qui en principe ne devait desservir que les habitants de notre seigneurie, était également, à cette époque, visité par les habitants de la seigneurie voisine. Les deux seigneuresses avaient des intérêts ailleurs et elles étaient très souvent absentes de leur manoir. Leur moulin de bois, penché et déplombé était en très mauvais état. On rapporte que le meunier craignait de le voir s'écrouler dès qu'il commençait à le faire tourner. Malgré les plaintes de ce dernier qui ne voulait encourir seul les frais et dépenses des réparations, elles négligeaient leurs principaux devoirs envers leurs censitaires dont celui d'entretenir le moulin banal.

C'est pourquoi, plusieurs habitants, défiant l'autorité seigneuriale qui les menaçait de leur imposer une amende advenant qu'ils aillent faire moudre leurs grains ailleurs, avaient pris l'habitude de venir faire moudre leurs grains ici.

Depuis, les habitants de la seigneurie voisine furent nombreux à exiger des seigneuresses la reconstruction dudit moulin. Leur menace d'en bâtir un à leurs frais et dépens et d'en être les seuls propriétaires fit réagir les seigneuresses qui ne tardèrent plus à engager un meunier bâtisseur de moulin pour construire un moulin de pierre. Ce fut «trop peu trop tard» pour plusieurs habitants qui continuent de faire une longue route jusqu'ici.

Le deuxième niveau du moulin sert à transmettre le mouvement créé par les turbines aux différents mécanismes. Ainsi, grâce à des roues à engrenages, à des poulies, à des axes, à des harts, la force motrice actionne les mécanismes à l'étage supérieur.

Il y a aussi trois élévateurs. Un qui transporte le grain de la trémie au nettoyeur et du nettoyeur à la meule et celui qui récupère la farine sous la meule et l'achemine vers le bluteau.

Le troisième niveau est celui où se transforme le grain en farine. C'est le lieu de travail de notre ami. C'est là qu'il rencontre ses clients. Le moulin a donc deux étages en pierre au-dessus des fondations de dix-huit pieds carrés et deux pieds d'épaisseur avec cheminée. La couverture, faite de planches posées sur le travers, est recouverte en bardeaux de cèdre. Le comble est bien fait à l'équerre et il y a trois ouvertures du côté du sud au premier étage et quatre au second. Du côté nord, il y a trois chassis et une porte au premier étage et quatre chassis au second et quatre lucarnes de chaque côté. C'est par une de ces lucarnes que Magloire et moi voyagions en rêve lorsqu'il m'arrivait de passer la nuit au moulin suite à une dure journée de labeur.

Je vous donne tous ces détails pour que vous puissiez bien vous imaginer le moulin! C'est un bâtiment important tant par son architecture que par sa nature! Et puis, ces pierres des champs dont il est construit pourraient vous en raconter de belles! Car le moulin banal n'est pas un lieu banal et de cela tous pourraient en témoigner!


Augustin Lebeau, journaliste

La grange Yankee
et
l'enclos des chevaux.
La résidence du juge de paix.

Donald Laprise

Chez Donald Laprise

La chambre des enfants transformée en chambre d'amis.
Chez Donald Laprise
Percepteur seigneurial

Le bureau

Chez Donald Laprise

Le salon de la résidence.