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LES CHRONIQUES DE PROLOGUE
Par : AUGUSTIN LEBEAU [ 1851-1852 ]
Meunier à l'ouvrage

Prologue, lundi 5 juillet 1852

Je suis encore au moulin banal. Mon ami m'a installé une paillasse dans la salle des habitants. Nous avons parlé toute la nuit de notre enfance et des projets de Magloire d'acheter le moulin banal advenant l'abolition du régime seigneurial.

Malgré ses 38 ans, Magloire est encore un bon gaillard. Comme il vous le dirait lui-même: «Sainte-Toupie, j'ai le coeur d'une jeune homme de 20 ans et je me laisse pas traîner les pieds sur les planches du moulin!» Et il ajouterait: «le métier de meunier est le plus beau métier du monde. C'est au moulin qu'on transforme le blé en farine et la tonture en laine. C'est en quelque sorte l'âme du village. Et cette âme vibre au tique taque du mécanisme du moulin, au tique taque de mon coeur et cela, y a personne pour dire le contraire!»

Tu ferais pas un peu l'important, Magloire, que je lui ai dit en le taquinant! Mais je sais qu'il dit vrai, car dans un terroir comme le nôtre, le meunier occupe une place d'honneur dans la population. Il faut qu'il soit honnête et travailleur. On connaît tous des histoires de meunier qui étaient menteurs sans vergogne et qui avaient bien des tours dans leur sac pour tromper le pauvre monde et s'enrichir.

Du temps du père de Magloire, le meunier avait charge d'entretenir la propriété du seigneur Prologue. Encore aujourd'hui, les conditions du bail de Magloire l'obligent au même entretien. Ainsi il doit réparer les clôtures, les engrenages du moulin et les autres bâtiments. Il nettoie les environs et ramone les cheminées.

Ces clauses alourdissent sa tâche première qui est de faire tourner le moulin, de cointer et de graisser les mouvements avec du suif, de chauffer le bâtiment, de s'occuper du logement et de la salle des habitants.

En échange, le seigneur lui accorde la pension au moulin et l'utilisation de l'écurie et du jardin. Mais comme dit Magloire, il est temps que tout cela change et que le monopole du seigneur disparaisse. Comme il me disait hier : «J'pourrais tirer plus d'écus de mon labeur.»

Aussi loin que je me souvienne, j'ai vu travailler Magloire au moulin. Il a d'abord aidé son père. Ses tâches étaient nombreuses : ouvrir les poches de blé, balayer, faire les commissions, etc. Et, avec le temps, au fur et à mesure qu'il grandissait, sa force se développait et il trouvait que les poches de grains étaient moins lourdes à transporter. Puis, après la mort de son père, il a pris la relève.

Comme il disait à cette époque: «C'est beaucoup d'ouvrage mais je suis heureux en Sainte-Girouette!»

Comme les habitants de cette seigneurie, il se lève avec le coq et s'arrête quand le soleil prend congé. Les jours de grandes bourrées, je l'ai souvent vu travailler jour et nuit sans qu'il ne prenne le temps de manger un p'tit quelque chose.

— A ce rythme-là, tu vivras pas tellement plus vieux que ton pauvre père, lui ai-je dit. Pire encore, tu trouveras personne à marier puisque tu n'as même pas le temps de regarder les belles créatures qui se languissent d'une demande de ta part.
Chaque fois que je lui parle des belles créatures qui lorgnent de son côté, je le vois rougir comme une pomme. Il y a une veuve qui vient occasionnellement à la salle des habitants et comme il est habitué à n'y voir que des hommes, la venue de cette belle frimousse l'émoustille toujours un peu. Ces jours-là il est plus prévenant que de coutume et je crois bien que notre dame a remarqué l'attention qu'il lui prodigue.


Augustin Lebeau, journaliste

La grange Yankee
et
l'enclos des chevaux.
La résidence du juge de paix.

Donald Laprise

Chez Donald Laprise

La chambre des enfants transformée en chambre d'amis.
Chez Donald Laprise
Percepteur seigneurial

Le bureau

Chez Donald Laprise

Le salon de la résidence.