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LES CHRONIQUES DE PROLOGUE
Par : AUGUSTIN LEBEAU [ 1851-1852 ]
Surprise au Saguenay

Prologue,lundi le 19 juillet 1852

Hier, le soleil venait à peine de se montrer que déjà Firmin McLean et Pierre Laprise étaient en route pour Saint-Hyacinthe. Heureusement, le mois de juillet est, jusqu'à présent, très sec ce qui fait que les routes sont praticables.

Parvenu à St-Hyacinthe, le jeune Firmin tente de s'esquiver et d'abandonner le journaliste. Mais, celui-ci lui donne des conseils et, les yeux rivés au ciel, notre ami écoute ses recommandations.

Il faut croire que cette attitude ne bouleverse nullement monsieur Laprise qui en a vu bien d'autres car, avant de le laisser partir, il donne généreusement au garçon une somme d'argent afin qu'il prenne le train pour se rendre jusqu'à la gare de Longueuil.

— De là mon garçon, tu pourras trouver un passeur qui t'amènera de l'autre côté à Montréal. Ensuite, trouve une calèche et ordonne qu'on te laisse au No. 2 rue Saint-Vincent où tu pourras demander à voir Monsieur J.R Giroux qui est l'agent de la compagnie «Diligence et Malle Royale». C'est un ami, dis-lui que tu viens de ma part et explique-lui ton cas. Je suis persuadé qu'il assurera ton transport jusqu'à Québec.

Le jeune Firmin m'a candidement avoué qu'il avait été fort impressionné par la sollicitude et la générosité de Monsieur Laprise.

— C'est un homme hors du commun, a-t-il ajouté, encore étonné de sa générosité. Je peux en dire tout autant de son ami Monsieur Giroux qui m'invita à loger chez lui dans l'attente du prochain départ de la diligence.

Il paraît que ce Monsieur a une fort jolie fille et qu'elle est aimable de surcroît.

Le Dimanche, après la messe, ils ont fait une promenade dans les rues de Montréal. Bien sûr, on ne les avait pas laissé aller seul, Monsieur Giroux les accompagnait et si je me fie à l'enthousiasme de Firmin lorsqu'il me raconta cette équipée, la journée fut inoubliable.

Ce sont les magnifiques voiliers qui mouillaient dans le port qui ont surtout intéressé Firmin. Du quai, il a admiré le Richelieu, un vapeur de 125 tonneaux qui fait la navette entre Québec et Montréal et qui est, selon les dires du gérant, la propriété de Monsieur Sincennes.

Je crois que le nom de ce Monsieur a fortement impresionné Firmin qui ne cessait de sourire en le prononçant.

Firmin m'a assuré qu'il tenterait de revoir la fille de Monsieur Giroux dans un prochain voyage à Montréal. Mais au fur et à mesure que le temps passait l'anxiété de Firmin montait.

C'est n'est pas que la compagnie de ses hôtes lui déplaisait, au contraire, c'est qu'il avait hâte de repartir et qu'il devait attendre au Lundi avant d'entreprendre la dernière partie de son périple car la diligence n'assure pas le service le Dimanche.

C'est donc le lundi 17 juillet, à 6 heures de l'avant-midi, que notre jeune ami s'est installé à côté du conducteur et qu'ils ont pris la route en direction de Québec. Avant que le conducteur ne commande à son attelage de partir, Firmin leva les yeux vers la fenêtre de la jeune fille. Elle était là debout à le regarder. Elle lui fit signe de la main et lui envoya un petit baiser au vol.

D'après Firmin, même le conducteur fut d'une grande affabilité envers lui. Il lui raconta de nombreuses anecdotes et le trajet qui dure deux jours, parut bien court.

C'est à Québec que Firmin croyait rencontrer les plus grandes difficultés. Mais encore là la chance lui sourit. Il était à prendre l'air sur le quai à la recherche d'un capitaine qui voudrait bien le prendre à son bord lorsqu'il entendit un matelot demander à son capitaine s'il avait trouvé quelqu'un pour remplacer un membre de l'équipage qui avait fait une virée dans les tavernes de Québec et qui n'avait pas montré signe de vie depuis deux jours.

Firmin s'écria qu'il cherchait du travail sur un bateau qui le mènerait à Chicoutimi. Le capitaine Simard le fit monter à bord et le questionna sur son expérience. Dès que Firmin eut prononcé le nom d'Eustache Lavoie le capitaine Simard, qui n'était plus jeune, montra ce qui lui restait de dents.

— Eh! ben, mon p'tit on peut dire que ton ange gardien prend soin de toi. Je suis un vieil ami du père d'Eustache Lavoie. Pis, le jeune Eustache a participé à une expédition que j'ai fait y a de çà bien des années au Labrador.
À ces mots, Firmin comprit qu'il se trouvait en face du légendaire capitaine Simard dont parlait sans cesse Eustache Lavoie. Il avait les cheveux blancs et le visage usé par le temps mais, comme aurait dit Eustache, «il est encore droit comme un piquettttte de clôture».

— Ah! Monsieur Lebeau je vous assure que le capitaine Thomas Simard n'a pas la langue dans sa poche. Il bourlingue encore mais c'est son fils qui assure la bonne marche des affaires.

Le jeune Firmin me parla de longues heures de cet homme qui l'avait manifestement impressionné. Il en parlait avec respect et admiration et, il me semble qu'il a laissé couler quelques larmes lorsqu'il me confia que le vieil homme n'avait sûrement pas des années devant lui, vu son grand âge.

— Le capitaine Simard avait bien des provisions à mener à bon port. Nous avons accosté à la plupart des quais qui jalonnent la côte de Charlevoix. Pointe-au-Pic est dotée d'une jetée sur pilotis et il y a maintenant une longue jetée aux Eboulements-en-Bas et pis la Malbaie a la sienne depuis peu.

— Ah! Monsieur Lebeau, quel pays, quel pays. Le paysage est grandiose! J'ai vu de nombreux vapeurs qui font escale devant les villages. Il y en avait un tout blanc avec une grande roue à aube qui était accosté à Pointe-au-Pic au moment où nous y étions. L'un de ces navires, le « Saguenay», proposait une excursion aux voyageurs, la remontée du Saguenay. Il y avait des touristes originaires des Etats-Unis en provenance de Boston, New-York, Baltimore, Washington et Chicago. J'ai causé avec Monsieur Macpherson qui venait à chaque été à la Malbaie depuis 1840.

— Macpherson m'a expliqué que les gens étaient ébloui par ce paysage montagneux cachant des centaines de point de vue plus magnifiques les uns que les autres. Il fréquentait aussi l'endroit pour profiter des bains d'eau salée.

— J'ai vu sur le quai de Pointe-au-Pic, des dames coiffés de grands chapeaux de paille qui se pressaient pour accueillir parents ou amis venus les rejoindre dans ce coin de Paradis. Elles partaient en excursion pour le Saguenay.

— Nous aussi nous partons pour le Saguenay, dit le capitaine très enjoué à la vue du jeune Firmin complètement estomaqué par ces beaux bateaux blancs ces belles dames coiffées de chapeaux de paille.

— AH! Monsieur Lebeau, je ne vous raconte pas comme c'était beau! Vous ne me croirez sûrement pas! Je vous assure que jamais je n'oublierai ce voyage!

— Parvenus à Chicoutimi nous avons rapidement retrouvé Monsieur Lavoie. Et là, monsieur Lebeau, je vous assure que j'ai eue une autre joie. Finalement ce voyage avait été parfait. Le capitaine était alité depuis quelques jours.

— Euh uuueuuh puff, euh puff heu heu hu hu pou !

Eustache Lavoie est au lit, atteint d'une grippe qu'il a sûrement attrapé de Firmin McLean; du moins c'est ce qu'il se dit.

— Euh uuueuuh puff, euh puff heu heu hu hu pou !

Eustache éternue, crache, tousse et rumine contre Firmin. Le pauvre Luc Papineau a à peine le temps de laver et sécher les grands mouchoirs blancs à feuille d'érable rouge brodé par son épouse Anabelle qu'il les a utilisés et en réclame d'autres.

— Euh uuueuuh puff, euh puff heu heu hu hu pou! Lu....uuuucccc, des mouchoirs!"

Le pauvre Luc a beau aimer le capitaine, il n'en peut plus de se faire commander et d'entendre les récriminations de ce dernier. Il faut dire que la maladie ne sied pas très bien à ce grand navigateur et son caractère en prend pour son rhume; il devient autoritaire pour ne pas dire qu'il se transforme en véritable monstre des mers!

— Euh uuueuuh puff, euh puff heu heu hu hu pou !

Il faut dire que, pour Eustache la situation est catastrophique.

— Euh uuueuuh puff, euh puff heu heu hu hu pou !

Rendez-vous compte : Eustache vient d'apprendre que son principal concurrent est parti avec la cargaison qu'il devait prendre à bord de l'Anabelle et livrer à Saint-Hyacinthe.


Augustin Lebeau, journaliste

La grange Yankee
et
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