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La chanson folklorique au Canada français avant 1850
Par : Marie-Hélène Gélinas

Nos ancêtres, en effectuant la traversée de l'Atlantique, ont conservé leur mémoire française, avec ses traditions, sa culture et ses chansons. En terre d'Amérique, ils ont continué à chanter. Il est assez difficile de distinguer une chanson née en France et importée en Amérique, d'une composée ici, sauf exception, puisqu'elle fut généralement transformée par le bouche-à-oreilles. Mais, à quel moment chante-t-on en Amérique? Quel genre de chansons avons-nous? Et d'où viennent nos chansons?

Depuis l'installation de nos ancêtres en Nouvelle-France habitants des campagnes ou de la ville, trouvons tous les prétextes et toutes les occasions possibles pour chanter. Les corvées quotidiennes, comme broyer le lin, battre l'avoine, sont même rythmées par une chanson, ou encore, c'est elle qui donne l'énergie de travailler. Les fêtes aussi sont de bonnes occasions pour chanter, que ce soit un mariage ou une fête religieuse.

Les longs soirs d'hiver aussi constituent une occasion intéressante pour une soirée chez l'un ou l'autre des voisins. Ces soirs de veillée, les chants permettent aux violoneux et aux danseurs de se reposer mais, parfois, il n'y a que du chant, et pour tous les goûts. Si on ne possède pas de violon, nous utilisons la guimbarde, appelée «trompe» dans la région de Montréal et «bombarde» partout ailleurs. C'est un instrument à vent dont on tire tous les rythmes habituels et, faute de ces instruments, les airs ou les chansons sont sifflés, tout simplement. Ce qui importe avant tout n'est pas la chanson, mais le fait d'être ensemble.

Les coureurs des bois, les voyageurs, les bûcherons, les draveurs, les avironneurs chantent aussi pour se donner des forces et pour rythmer le travail en commun, par exemple lorsqu'ils soulèvent et transportent un gros tronc d'arbre. Ils chantent aussi pour se distraire ou rythmer la cadence des avirons, comme avec À la claire fontaine ou la Fille au cresson.

La chanson décrit les moeurs populaires de nos villages et de nos campagnes. Elle est née de notre désir de danser, de chanter, de rythmer le travail, d'évoquer des légendes, de célébrer la nature, de raconter la vie, l'amour, le bonheur, le malheur, la vie quotidienne, sur la terre comme dans les chantiers ou dans les bois, enfin tout ce qui nous touche. Il y a des chansons pour tout le monde, les mères, les enfants, les amoureux, etc.

Les «chansons à répons» sont entonnées par un seul chanteur et le refrain, ou une partie des couplets, est repris par les autres, en choeur, comme Alouette ou J'entends le moulin.

Alouette
Alouette, gentille alouette,
Alouette, je t 'y plumerai. (Bis, la seconde fois en choeur)
Je t 'y plumerai la têt’. (4 fois, les trois dernières fois en choeur)
Ah! la têt’ (Bis, la seconde fois en choeur)
Alouette, (Bis,la seconde fois en choeur)
Ah!

source: Marius Barbeau, Alouette!, p.11

J'entends le moulin,
Mon père a fait bâtir maison,
J'entends le moulin tague,
L'a fait bâtir à trois pignons
Tique tique, tique, taque
Refrain, en choeur
J'entends le moulin, tique, tique, taque,
J'entends le moulin taque

source: Pierre Daigneault, 51 chansons à répondre, p67.

Les chansons de labeur, ou de métier, sont celles chantées en travaillant. Elles soutiennent l'énergie des travailleurs pendant leurs besognes, par exemple: Le fils du roi s'en va chassant, dans les haubans, Courte paille.

Dans les haubans
J'ai fait faire un beau navire, un navire, un bâtiment.
L 'équipag' qui le gouverne sont des filles de quinze ans.
Refrain
Sautons, légères bergères, dansons là légèrement!

source: Marius Barbeau, Chansons populaires du Vieux Québec, p44.

D'autres sont des chansons de débat, (nommées ainsi par Marius Barbeau dans En roulant ma boule, page XIV), où deux personnes chantent, à tour de rôle, en se répondant, ou encore l'une parle et l'autre lui répond en chantant, comme dans Quel est ton nom?

Quel est ton nom?
(parlé) Quel est ton nom, mon p'tit garçon?
(chanté) Je suis l'enfant de mon père,
Refrain Tire lire lire, Toure loure loure,
Aussi l'enfant de ma mère,
Refrain Toure loure lour' mon gars!
(parlé) Mon p'tit garçon, se vend-il des bonbons là-bas, à la maison?
(chanté) La marchande, pas trop bonne, (Refrain)
Elle en vend plus qu'elle en donne, (Refrain)

source: Marius Barbeau, Alouette!, p.164.

Parmi les chansons que nous avons, environ une sur vingt est née au Canada. Elle est d'origine populaire, composée par des chanteurs de village, souvent illettrés, sur un air connu. Certaines sont des adaptations de chansons françaises, d'autres sont des compositions, sur un air traditionnel, avec de nouvelles paroles, et elles voyagent beaucoup, à l'intérieur des continents et au-delà des mers. Nos forêts, entre autre, permettent aux chansons de parcourir de vastes étendues, puisque les travailleurs apprennent à d'autres et de d'autres hommes des chansons de leur village, parfois semblables, parfois avec des refrains ou des titres différents.

De 1608 à 1680, à peu près, les immigrants de France ont apporté en Nouvelle-France, bon nombre de leurs chansons populaires qui furent, au fil des ans, transformées ici, jusqu'à en perdre leur caractère d'origine. Certains mots ont même changé puisqu'ils ont perdu, en terre d'Amérique, leur usage français, et furent remplacés par des noms utilisés ici. D'autres immigrants venus d'Europe, et même les soldats écossais et irlandais, dès 1763, ont, par les contacts avec nos ancêtres, modifié nos chansons, nos airs et ont augmenté la quantité de chansons que nous possédions déjà.

Dès 1760, la domination britannique provoque la naissance et la popularité des chansons politiques, inspirées par des faits d'actualité. Le nationalisme canadien alimente ces chansons et atteint sa plus grande gloire avec la révolte des Patriotes de 1837-1838. La chanson qui exprime le mieux le désespoir de «l'âme canadienne»: Un Canadien errant, composée en 1842 par Antoine Gérin-Lajoie, en est la preuve, disent Robert Giroux, Constance Havard et Rock LaPalme, auteurs de Le guide de la chanson québécoise, en page dix.

Selon James Huston, (cité dans le livre de Conrad Laforte La chanson folklorique et les écrivains du XlXe siècle (en France et au Québec), page 28), la chanson nationale par excellence des Canadiens français, À la claire fontaine, est une belle imitation d'une vieille ronde française qui se chante encore dans certaines parties de la France. De cette chanson, il existe plus de cinq cents versions de cette poésie populaire. Arrivée au nouveau monde avec les colons du XVIle siècle, elle les a escortés partout dans leurs aventures et leurs labeurs.

À la claire fontaine
À la claire fontaine m'en allant promener,
J'ai trouvé I 'eau si belle que je m 'y suis baigné.
Refrain n y a longtemps que je t'aime,
Jamais je ne t 'oublierai

source, sauf pour le refrain: Marius Barbeau, En roulant ma boule, p23.

Conclusion

Les chansons folkloriques du Canada français proviennent majoritairement de la France, grâce à nos ancêtres qui ont fait la traversée des mers avec elles. Avec le temps et le bouche-à- oreilles, nombre d'entre elles ont connu des changements dans la musique et dans les paroles.

Les chansons font partie intégrante de la vie à la campagne et dans les bois, puisque, par elles, nous exprimons nos sentiments, racontons notre vie, nos malheurs, notre bonheur, notre quotidien et les problèmes politiques. Comme partout ailleurs, nous avons aussi écrit nos propres chansons, même si parfois la mélodie existait déjà.

Toutes les occasions sont bonnes pour chanter. Avec ou sans instrument de musique, nous réussissons à passer une bonne soirée, et une bonne journée, en chantant pour se donner du courage dans un travail difficile, pour rythmer un travail effectué à plusieurs, lors d'un long voyage et, bien entendu, pour s'amuser et se distraire.

BIBLIOGRAPHIE

BARBEAU, Marius, Alouette!, Éd. Lumen, Montréal, 1946, 216p.

Chansons populaires du vieux Québec, Bulletin 75, Musée National du Canada, Ottawa, 1935, 61p.

En roulant ma boule, Éd. Lumen, Montréal, 1946, 216p.

BÉLAND, Madeleine, Chansons de voyageurs. coureurs de bois et forestiers, préface de Benoît Lacroix, Ethnologie de l'Amérique française, PUL, Québec, 1982, x-432p.

DAIGNEAULT, Pierre, répertoire de, 51 chansons à répondre, Éd. de l'Homme, Montréal, 1963, 124p.

GIROUX, Robert, Constance Havard et Rock LaPalme, Le guide de la chanson québécoise, Triptyque, Montréal, 1991, 179p.

LAFORTE, Conrad, La chanson folklorique et les écrivain du XIXe siècle (en France et au Québec), Cahiers du Québec, Hurtubise HMH, Montréal, 1973, 154p.,coll. «Ethnologie québécoise:» cahier II.

PROVENCHER, Jean, Les quatre saisons, Éd. Boréal, Montréal, 1988, 605p.

ROY, Bruno, Panorama de la chanson au Québec, Éd. Leméac, Ottawa, 1977, 169p.

TRUDEL, Jean, «La danse traditionnelle au Québec», Forces, 32 (3e trimestre) 1975, 33-43.

VARAGNAC, André, «Le folklore canadien en France», tiré de Les archives de folklore, tome 4, Éd. Fides, PUL, Québec, 1949, 166p.

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