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La vie au chantier forestier
Par : Francis DÉSILETS

1- L'organisation du travail au chantier forestier
Le travail des bûcherons dans les chantiers forestiers se fait pendant l'hiver, du mois de novembre au mois de février, ce qui représente environ seize semaines. Il est important de descendre du chantier avant le printemps puisque les chemins deviennent boueux et impraticables. Avant même que les travailleurs n'arrivent à la fin de l'automne, il faut préparer le camp. D'abord, il est primordial de choisir l'emplacement du chantier pour avoir accès facilement à une rivière puisque c'est en faisant flotter le bois qu'on l'achemine vers les scieries. De plus, il faut situer le camp à proximité de bonnes réserves d'eau potable et de bois de chauffage. Pendant l'été, ou au début de l'automne, quelques hommes s'occupent de ces tâches, mais aussi de construire les bâtiments (qui étaient faits en bois rond) et d'aménager les chemins.

Le chantier est dirigé par un contremaître qui doit gérer la coupe et le reste du travail en forêt. C'est lui qui engage le cuisinier et les bûcherons. Le cuisinier (ou le «couque») s'occupe de faire à manger, mais il est bien souvent l'homme à tout faire. Ainsi, il s'occupe aussi de soigner les blessures, de tenir les livres de comptes et de comptabiliser les payes des bûcherons.

Pour assurer l'efficacité du travail sur les lieux de coupe, le contremaître forme des équipes de cinq hommes, composées de deux bûcherons, d'un conducteur de traîneau, d'un défricheur et d'un empilleur. Les bûcherons équipés d'une hache s'occupent d'abattre les arbres et de les ébrancher, après quoi ils les chargent sur les traîneaux. Le conducteur dirige son attelage vers l'endroit où doit être empilé le bois. Comme la coupe avance tout le temps, il est nécessaire de dégager constamment un chemin pour assurer le passage du traîneau. C'est la tâche du défricheur qui donne aussi un coup de main au conducteur en foulant la neige devant lui avec ses raquettes. L'empilleur pour sa part doit aménager l'emplacement désigné pour recevoir le bois et aider les autres à le décharger.

La coupe est organisée autour d'un chemin principal, aménagé pour aboutir au cours d'eau dont on se sert pour faire flotter le bois. De ce chemin en partent d'autres qui s'enfoncent dans la forêt et qu'exploitent différentes équipes de bûcherons. Lorsqu'ils commencent à couper le bois, ils le mènent en premier lieu sur les bords du chemin principal; ce n'est qu'après le «temps des fêtes» qu'on le transporte à la rivière. Lors de cette grosse corvée, les hommes conjuguent leurs efforts pour effectuer la besogne le plus rapidement possible.

La drave est l'activité qui consiste à faire flotter le bois (le plus souvent sur une rivière) pour le faire parvenir aux scieries qui s'occupent de le couper et d'en faire des planches. Cette activité implique plusieurs équipes d'hommes qui doivent s'assurer que toutes ces billes de bois qui descendent en même temps ne s'accumulent pas en un endroit accidenté de la rivière et qu'elles y forment un embâcle (un barrage non désiré). Les draveurs, équipés de longs crochets, doivent parfois sauter de bille en bille pour atteindre les «bouchons», ce qui est très dangereux. Les noyades ne sont d’ailleurs pas rares.

2-Les conditions d'existence des bûcherons au chantier
Le camp du chantier forestier est généralement composé de trois bâtiments. Un dortoir, une écurie et un entrepôt pour la nourriture, le tout fait en bois rond. Les hommes mangent et dorment dans la même pièce, ce qui leur laisse peu de place. Une table y occupe le centre, alors que les lits sont cordés le long des murs. Comme les camps de bûcherons sont faits de bois rond, il fait souvent très froid à l’intérieur. De plus, ça n'est pas la propreté qui étouffe les bûcherons. Bien souvent, ils ne se lavent pas de l'hiver et ils ne changent pas de vêtements. C'est pourquoi ils sont souvent incommodés par les poux.

En ce qui concerne la nourriture, les bûcherons n'ont pas un choix énorme. Parce que les camps se trouvent loin des villes et des villages, on n'emporte que le strict minimum. C'est pourquoi les hommes mangent presque à chaque jour des fèves au lard (des bines) ou de la soupe aux pois, du ragoût de pattes, des galettes, des pommes de terre et du lard salé. Pour se désaltérer, ils boivent du thé et bien entendu du rhum.

Les bûcherons travaillent du lundi au samedi de neuf à dix heures par jour. En fait, ils doivent s'affairer du lever au coucher du soleil. Les hommes déjeunent avant de partir et prennent leur dîner en quelques minutes sur les lieux de travail. Ils rentrent pour souper et se mettent au lit vers vingt et une heures. Après la journée du samedi, il n'est pas rare de voir les bûcherons veiller. C’est les soirs de fête de la semaine, qu’on célèbre au rythme des chansons, des danses, des histoires et des tours de force. C'est une véritable bénédiction de travailler avec un gars qui joue du violon. Le dimanche étant le jour du seigneur, les bûcherons s'efforcent de célébrer la messe, le plus souvent sans curé. Pour le reste, ils s'occupent de l'entretien de leur équipement.

Les conditions de travail des bûcherons sont fortement influencées par les caprices de dame nature. À chaque fois qu'il neige, l'entretien des chemins est à refaire. Une hausse de la température est aussi à craindre, car elle ralentit le transport du bois. Par contre, c'est beaucoup plus l'esprit de compétition qui influence la vie au chantier. Bien souvent, les contremaîtres fixent un quota minimum d'arbres à abattre et certains hommes se tuent pratiquement à l'ouvrage pour éviter l'humiliation. Enfin, le salaire ne compense pas vraiment pour ces conditions de travail difficiles puisqu'il est généralement peu élevé. Il varie entre six et quinze dollars par mois vers 1850. Malgré tout, cet argent sert à des jeunes hommes qui ont besoin d'un peu de capital pour fonder une famille et à de jeunes époux qui trouvent au chantier un revenu d’appoint. La moyenne d’âge varie entre quinze et vingt-neuf ans.

Il n'est vraiment pas facile de travailler aux chantiers forestier pour les agriculteurs canadiens-français puisque c'est un emploi très instable qui exige une force physique considérable et qui est mal rémunéré. De plus, les hommes sont loin de leur famille, même pendant le temps des fêtes. Les conditions physiques d'existence laissent aussi à désirer. Il fallait donc avoir réellement besoin d'un tel travail puisqu’il est bien connu que les bûcherons laissaient la vie de chantier dès qu'ils le pouvaient.

BIBLIOGRAPHIE

BOUCHARD, Gérard, Quelques arpents d'Amérique: population, économie, famille au Saguenay: 1838-1871, Boréal, Montréal, 1996, 635p.

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PROVENCHER, Jean, C'était l'hiver, Boréal Express, Montréal, 1986, 278p.

SÉGUIN, Normand, «L'économie agro-forestière: genèse du développement au Saguenay au XIXe siècle», RHAF, vol.29, 4: mars 1976, p.559-565.

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