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- Les Journaux Agricoles au Bas-Canada entre 1838 et 1868

Les Journaux Agricoles au Bas-Canada entre 1838 et 1868
Par : Luc Leblanc

Voici une liste complète de tous les journaux agricoles publiés aux Québec entre 1838 et 1868. Chacun des titres retenus devaient répondre aux critères suivants: 1- Le journal doit s'adresser aux cultivateurs. 2- Le journal doit traiter en majeure partie de questions d'agriculture. Pour dresser cette liste, deux ouvrages qui recensent les journaux publiés au Québec, soit «La Presse Québécoise des Origines à nos Jours» et «Les Journaux du Québec de 1764 à 1964» ont été utilisés. L'ouvrage de Firmin Létourneau «Histoire de l'Agriculture» a également été mis à contribution.

En 1838, William Evans fonde à Montréal le «Canadian Quaterly Agriculture and Industrial Magazine» mais ce journal cesse d'être publié presque aussitôt. Ce même Evans fait une autre tentative en 1843 en ressuscitant le «Journal d'Agriculture» qui avait fait une brève apparition en 1836. Ce journal est une version française du «Canadian Agriculturist». Ce journal emprunte une partie de sa matière aux journaux agricoles anglais. Agronome de métier, Evans veut répandre les techniques agricoles modernes au Québec. L'édition française change de nom en 1844 pour s'intituler «Journal d'Agriculture Canadien» puis, faute d'abonnés, elle est discontinuée en janvier 1845. Malheureusement, il n'y a aucune information disponible sur le tirage de ces journaux.

William Evans est nommé, en 1847, secrétaire de la «Société d'Agriculture du Bas-Canada» (organisme gouvernemental fondé en 1847). Son journal devient alors l'organe officiel de cette société et porte maintenant le nom de «Agricultural Journal and Transaction of the Lower Canada Agricultural Society», l'édition française reprend en 1848 sous le titre «Journal d'Agriculture et Transactions de la Société d'Agriculture du Bas-Canada». Ce journal était tiré à 3 500 exemplaires en 1851. Evans tente, par ce journal, de répandre les pratiques agricoles modernes.

En mai 1853, la «Société d'Agriculture» devient la «Chambre d'agriculture». H. Ramsay assume la rédaction de l'édition anglaise du journal qui a maintenant pour titre «The Farmer's Journal and Transactions of the Lower Canada Board of Agriculture». L'édition française s'intitule «Journal du Cultivateur et Procédés de la Chambre d'Agriculture du Bas-Canada». Le nom de Williams Evans apparaissait toujours à titre de propriétaire officiel.

En mai 1857, James Anderson remplace H.Ramsay à la rédaction de l'édition anglaise. Joseph-Xavier Perrault est nommé secrétaire du bureau d'Agriculture et de la Chambre d'Agriculture du Bas-Canada. François Hudon précise que ce bureau est en fait un ministère du gouvernement duquel relève une chambre ou un bureau d'administration dans chacune des deux parties du Canada. Perreault succède ainsi à Williams Evans qui vient de mourir. À titre de secrétaire, Perrault est chargé de la rédaction de l'édition française du journal qui porte maintenant le titre de «Journal de l'Agriculteur et des Travaux de la Chambre d'Agriculture du Bas-Canada» (intitulé aussi tout simplement «L'Agriculteur»).

En septembre 1858, l'édition française change encore de nom et devient «L'Agriculteur, Journal Officiel de la Chambre d'Agriculture du Bas-Canada». En 1862, le premier numéro annonce un nouveau titre. En fait, Joseph Perreault convainc la Chambre de faire réapparaître un journal qu'il avait fondé: «La Revue Agricole». Ce journal disparaît en 1868. L'édition anglaise est plus stable. Le «Farmers Journal and Transactions of the Lower Canada Board of Agriculture» ne change de nom qu'en 1861 pour devenir le «Lower Canada Agriculturist» appelé aussi le «Canadian Review». Cette édition est une traduction de «La Revue Agricole». En octobre 1867, le «Lower Canada Agriculturist» devient le «Canadian Agriculturist». Cette édition disparaît pour de bon en même temps que «La revue Agricole» en 1868. Le «Canadian Agriculturist», nommé aussi «Canadian Agricultural Journal» (et «Journal d'Agriculture», «L'Agriculteur», «La Revue Agricole» etc. dans son édition française) survécut avec des titres divers durant presque 30 ans.

Lorsqu'on dresse la liste des journaux publié au Québec entre 1838 et 1868, on constate la prédominance du journal officiel de la «Société d'Agriculture» puis de la «Chambre d'Agriculture». Cependant, quelques journaux indépendants de la «Société d'Agriculture» et de la «Chambre d'Agriculture» ont été publié durant la période concernée. Ceux-ci sont la «Semaine Agricole» et «La Gazette des Campagnes».

La «Semaine Agricole» constitue l'édition hebdomadaire de «La Minerve» (journal d'informations générales à grand tirage). Elle fut publiée du 16 mars 1857 au 27 mai 1899. Beaulieu et Hamelin ont noté qu'il était d'usage au XIXe siècle parmi les grands journaux («Le Canadien», «La Minerve», «Le Journal de Québec» etc.) de publier une édition hebdomadaire spécialement conçue pour les ruraux. On y trouvait un résumé des nouvelles de la semaine, une chronique relative à la vie politique, une section agricole, la revue des marchés etc.

La «Gazette des Campagnes», fut fondée par l'abbé Emile Dumais d'après une idée de l'abbé François Pilote, fondateur de l'Ecole d'agriculture de Sainte-Anne de la Pocatière. Elle fut publiée jusqu'en 1895. En décembre 1861, elle passa cependant aux mains de Firmin-H. Proulx. Firmin Létourneau note que la «Gazette des Campagnes» apporte chaque semaine à la population des campagnes une revue de la semaine, une causerie agricole qui traite de quelques points techniques et une chronique qui touche à tout: assemblées agricoles, actualités agricoles, etc.«Beaulieu et Hamelin rappellent cependant que la «Gazette des Campagnes» était aussi un organe catholique puisqu'elle exprimait la vision politico-religieuse de l'époque.

En bref, l'histoire des journaux agricoles publiés au Québec entre 1838 et 1868 est dominée par un seul journal publié sous différents noms. Si on inclut tant les éditions anglaises que françaises, le «Journal d'Agriculture» a eu 14 noms différents. Malgré tous ces changements, il semble que le journal visait toujours les mêmes objectifs. En étudiant de plus près quelques numéros du «Journal d'Agriculture et Transactions de la Société d'Agriculture du Bas-Canada», nous verrons clairement quels étaient ces objectifs.

L'analyse des numéros de juin, août, octobre et décembre du «Journal d'Agriculture et Transactions de la Société d'Agriculture du Bas-Canada» en 1852 fait ressortir les traits caractéristiques du journal. Ce dernier débute toujours avec un éditorial de William Evans. Il commente l'actualité agricole, donne quelques conseils aux agriculteurs et discute les dernières décisions prises à la Société d'Agriculture du Bas-Canada. Ensuite, la plupart des éditions présente un article d'un journal agricole britannique traduit en français. Le journal présente le rapport de l'Assemblée Générale de la Société d'Agriculture du Bas-Canada. Quelques éditions présentent aussi des lettres des lecteurs. Toutes les éditions consultées, incluent un rapport météorologique. Habituellement, l'édition se termine avec des articles diversifiées ainsi qu'une page complète de petites annonces.

L'édition de juin 1852 commence avec un éditorial où William Evans conseille aux agriculteurs de produire des articles dont ils peuvent obtenir des prix élevés. Il recommande la production d'oeufs et l'élevage de volaille car, selon lui, les prix sont avantageux pour les agriculteurs du Bas-Canada sur les marchés de Boston et New-York. Evans poursuit en affirmant que la manufacture de sucre de betterave permet d'obtenir du aussi bon sucre que du sucre de la canne même. Pour appuyer ses dires, le journal présente ensuite une transcription d'un article de «L'Illustrated News» de Londres sur la manufacture de sucre de betteraves. Après deux courts articles sur la chimie appliquée à l'agriculture et sur le magnétisme animal, l'édition de juin présente le rapport de l'assemblée générale de la Société d'Agriculture du Bas-Canada. Après le rapport d'agriculture du mois de mai et les observations météorologiques habituelles, l'édition se termine avec les petites annonces. On y apprend que le magasin agricole de George Hagar de Montréal sur la rue St-Paul vend des charrues, des coupoirs, des semoirs, des fourches etc. La Société d'Agriculture donne l'adresse de ses bureaux et de sa bibliothèque. George Shepherd de Montréal annonce qu'il a à vendre des graines et des semences. Finalement, un petit encadré annonce la vente de «machines à arracher les souches».

Dans l'éditorial du mois d'août, Evans met l'accent sur la nécessité pour les agriculteurs de bien connaître leur métier. Il exprime sa pensée ainsi: «Dans l'intérêt de tous, que ceux qui s'adonnent à la culture de la terre fussent parfaitement aux faits de la théorie et de la pratique de l'agriculture, [...]». Il rappelle aussi l'urgente nécessité de pourvoir aux moyens d'instruire les jeunes agriculteurs. Pour réaliser cela, Evans propose de créer des écoles d'agriculture jointes à des fermes-modèles placées sous surveillance de la Société d'Agriculture. L'édition du mois d'août se poursuit avec des articles diversifiés ayant pour thèmes des sujets tels que les qualités physiques des sols, la fabrication, la préservation et l'emploi du fumier et l'observation des semences. Le rapport de l'assemblée de la Société d'Agriculture présente les différentes opinions exprimées par les directeurs sur les chemins de fer, les canaux et les rivières navigables. Le rapport d'agriculture pour le mois de juillet, les observations météorologiques et les petites annonces (exactement les mêmes que celles de l'édition du mois de juin) concluent cette édition.

Dans l'éditorial de l'édition d'octobre, Evans affirme qu'il a très hâte de savoir quelles mesures seront adoptées par le Parlement provincial dans la présente session en ce qui concerne l'agriculture. Evans voudrait que le métier d'agriculteur soit plus respecté. Le respect viendra, selon lui, lorsque les agriculteurs auront une connaissance appropriée du métier qu'ils pratiquent. Cette édition présente ensuite le rapport de l'assemblée générale de la Société d'Agriculture, le rapport d'agriculture pour septembre, quelques lettres des lecteurs portant sur l'utilisation des semences et les petites annonces (toujours les mêmes, que les éditions précédentes).

Dans l'édition de décembre, Evans dit qu'il est très heureux que la législature ait pourvu aux moyens de construire le chemin de fer qui doit aller d'une extrémité à l'autre de la province (Grand Tronc). Selon Evans, le chemin de fer, en ouvrant des marchés, sera bénéfique pour les agriculteurs. Cette édition poursuit avec les traditionnels rapports d'agriculture, observation météorologique et rapport de l'Assemblée de la Société d'Agriculture. Cette édition diffère cependant des autres puisque celle-ci présente deux images de taureau avec une brève description de ceux-ci. Cette édition n'a pas de petites annonces.

L'analyse de ces quatre éditions du «Journal d'Agriculture et Transactions de la Société d'Agriculture du Bas-Canada» permet de constater le fait suivant: Evans, en tant qu'agronome, voulait que les agriculteurs du Bas-Canada approfondissent leurs connaissances en matière d'agriculture et de sujets connexes. Pour lui, la valorisation et le respect de ce métier allait venir lorsque les agriculteurs auraient une connaissance pratique et technique de leur métier. Evans favorise aussi le développement de l'agriculture commerciale et, pour ce faire, il soutient le développement des moyens de transport. En conclusion, il semble qu'il y ait eu volonté très ferme de la part du «Journal d'Agriculture» d'éduquer convenablement les agriculteurs. Le fait que Evans et Perrault étaient eux-mêmes agronomes n'est sûrement pas étranger à cette volonté d'augmenter le savoir des agriculteurs en matières agricoles. Une étude plus poussée pourrait peut-être permettre de savoir si l’action de ces journaux n’a pas été vaine et s’ils ont eu l’effet voulu par leurs créateurs.

Bibliographie

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise: des origines a nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1973, 360p.

BEAULIEU, André, Jean HAMELIN et Charles BONENFANT, Les journaux du Québec de 1764 à 1964, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1965, 329p.

HUDON, François, «Perrault, Joseph-Xavier» dans Dictionnaire biographique du Canada sous la dir. de Francess G. Halpenny et Jean Hamelin, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, Toronto, University of Toronto Press, 1991.

LETOURNEAU, Firmin, Histoire de l'agriculture: (Canada français), Montréal, Imprimerie Populaire, 1950, 324p.

ROBERT, Jean-Claude «Evans, William» dans Dictionnaire biographique du Canada, sous la dir. de Francess G. Halpenny et Jean Hamelin, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, Toronto, University of Toronto Press, 1991.

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